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Circumstantial evidence for Plato's Island Atlantis in the Souss-Massa plain in today's South-Morocco
La découverte d'une ville préhistorique située dans une structure géomorphologique annulaire démontre que le mythe platonicien de l'Atlantide renferme un noyau de vérité. (deutsche Version )
L'Atlantide au Maroc du Sud - Aperçu de la théorie, de la méthode et des résultats

Dans les sciences modernes de l'information, c'est souvent aux méthodes heuristiques que l'on a recours afin d'obtenir avec un moindre investissement des solutions acceptables pour un problème donné. Ces méthodes sont la plupart du temps mises en œuvre quand, partant d'un grand nombre de solutions éventuellement justes (vaste champ de solutions), il faut filtrer celles qui présentent une vraie solution ou parmi lesquelles se trouve une solution réelle ou acceptable.

Trouver un numéro dans une rue est un exemple très simple d'un tel problème et de sa solution. Pour chercher un numéro dans une rue de 1000 maisons (vaste champ de solutions), personne ne vérifierait les 1000 maisons dans l'ordre. De manière intuitive, on délimiterait la quantité d'adresses à vérifier au moyen de deux simples comparaisons:

  • L'adresse à trouver a-t-elle un numéro pair ou impair?

  • L'adresse à trouver a-t-elle un numéro inférieur ou supérieur à celle où l'on se trouve actuellement?

L'astuce dans cela est donc que l'on exploite la structure interne des adresses. Les numéros pairs se trouvent d'un côté de la rue, les numéros impairs de l'autre. Les numéros sont en outre classés par ordre croissant. Avec ce filtrage hiérarchique on peut réduire de 25% en moyenne statistique le nombre d'adresses à vérifier (et ainsi du temps investi pour la recherche).

L'énigme de l'Atlantide, c'est à dire la question "L'Atlantide de Platon a-t-il existé et si oui où se situait-il?" est aussi un grand classique de ce type de problème, car il s'agit ici aussi d'une localisation. Toutefois, ce ne sont pas des adresses qui sont exploitées mais des informations en partie plus diffuses et la recherche du lieu (si toutefois il existe) ne s'opère pas dans les limites d'une petite rue mais partout dans le monde où se lieu pourrait théoriquement se trouver. La problématique de l’énigme de l'Atlantide réside d’une part dans la description lacunaire et éventuellement faussée au fil de la transmission (information diffuse), qui ne révèle pas comment l’on peut atteindre l’Île d’Atlas (gr.: Ἀτλαντὶς νῆσος, Atlantis Nesos;) depuis des lieux antiques connus et d’autre part dans la multitude de solutions possibles (vaste champ de solutions), étant donné que la surface de la Terre est immense et que la vérification de tous les lieux serait un ouvrage d’une extrême envergure. Malgré l'ampleur de la zone de recherche, il est évident qu'il ne peut y avoir que deux "véritables" solutions:

  • L'Île d'Atlas n'a jamais existé.

  • L'Île d'Atlas a existé, mais alors, à un endroit de la Terre bien spécifique.

Platon ne décrit certes pas très précisément le chemin qui mène à l'Île d'Atlas (il ne donne que des indications géographiques très vagues "[…] les peuples qui habitaient au-dehors par-delà les colonnes d’Héraclès […]'1 ou "une immense puissance [...] venant d’un autre monde situé dans l’océan Atlantique. On pouvait alors traverser cet Océan; car il s’y trouvait une île devant ce détroit [les colonnes d'Héraclès]"2, mais il la décrit elle-même de manière très détaillée et nous livre ainsi une multitude de critères notables qui pourront être utilisés pour l'identification d'un site-candidat avec l'Atlantide. D'une certaine manière, Platon nous a transmis le numéro d'une maison ou une clef pour la solution du problème. A ces fins, il serait bien sûr extrêmement contraignant d'examiner chaque endroit du monde qui corresponde à beaucoup de ces critères notables (analogie à la recherche d'une adresse pour laquelle on évite de vérifier chaque maison individuellement). Une méthode heuristique qui nous permettrait de filtrer les lieux plausibles pourrait donc être ici un choix stratégique judicieux. Le procédé heuristique Hierarchical Constraint Satisfaction (http://en.wikipedia.org/wiki/Hierarchical_constraint_satisfaction) semble dans ce cas être une méthode tout à fait appropriée. Les résultats que livre ce processus quant aux questions "L'Atlantide de Platon a-t-il existé? " et "Où se situait-il?' sur la base de tous les critères notables connus pour l'identification de l'Atlantide sont sujets à discussion. Il faut au préalable souligner que les sites archéologiques préhistoriques présentés ici n'étaient jusqu'à présent pas connus de la communauté d'archéologues. La découverte de cette ensemble archéologique remarquable a été possible rien qu'à l'aide de l'analyse heuristique sur la base des dialogues du Timée et du Critias de Platon.

Critères notables pour l'identification de l'Atlantide

Lors de l'Atlantis 2005 International Conference tenue à Milos (Grèce), une liste de 24 critères (milos.conferences.gr) a été établie, à laquelle devrait satisfaire un lieu pour être sérieusement considéré comme un emplacement supposé de l'Atlantide. Ces critères ont été élaborés par des experts de l'Atlantide et ont été incorporés aux Conference Proceedings (Kontaratos, 2007) I. Voici quelques exemples de ces critères: "L'Atlantide était une île", "La capitale atlante se situait sur une colline, à 50 stades de la mer", "Sur cette colline il y avait des sources d'eau chaude et d'eau froide", "A Atlantide il y avait des roches noires, blanches et rouges", etc. En plus de ces 24 critères s'ajoutent des critères géographiques élémentaires dérivés des dialogues de Platon auxquels devrait répondre l'Atlantide. Ainsi, la plaine centrale de l'Atlantide se situait à proximité immédiate de la mer, ce qui implique que l'île entière était à proximité de la mer (critère proximité de la mer). Cette plaine aurait également été entourée de nombreuses montagnes très hautes (critère haute montagne), etc. Ce sont en tout plus de 40 critères qui ressortent des dialogues de Platon et qui doivent correspondre à l'Île d'Atlas.

État des connaissances scientifiques

Toutes les hypothèses émises sur la localisation de l'Atlantide prennent comme point de départ soit des lieux de vestiges de réelles civilisations historiques (p.ex.: Santorin: civilisation minoenne, Malte: civilisation mégalithique, Troie: civilisation troyenne, etc.) soit des lieux qui ne révèlent aucun ou que de très faibles indices archéologiques. Or, jusqu'à présent, aucune de ces hypothèses ne résiste à une confrontation avec tous les critères notables qui déterminent l'Atlantide. Il s'est au contraire toujours avéré que seulement très peu de critères concordaient avec la localisation en question. Ce manque de conformité qu'ont révélé toutes les hypothèses émises jusqu'à présent a entrainé la formation du consensus scientifique actuel selon lequel l'Atlantide de Platon serait purement fictif. Certains scientifiques concèdent encore, au mieux, la possibilité que Platon ait pu composer l'histoire en assemblant diverses références à caractère historique.

Les trois critères problématiques "englouti", "île", et "dimension continentale"

La quantité des localisations qui ne répondent qu'à seulement très peu de critères notables sur l'Atlantide révèle qu'il n'y a probablement que peu d'endroits dans le monde entier qui puissent bel et bien satisfaire à tous les critères ou du moins à beaucoup de ces critères. "Y a-t-il un endroit sur Terre qui réponde à tous les critères"?" est une question à laquelle on peut même tout de suite donner une réponse négative. Rien que la description de Platon selon laquelle l'Atlantide serait une île grande comme un continent qui aurait été engloutie par la mer3 est inconcevable du point de vue des connaissances scientifico-géologiques de notre époque, du moins, si l’on part d’une île au sens propre du terme qui aurait donc dû être engloutie sous les eaux dans le laps de temps des 15.000 dernières années, ce qui, à l’échelle de l’histoire de la Terre, est très court. De nos jours la bathymétrie (http://fr.wikipedia.org/wiki/Bathymétrie) de toutes les mers est connue et l'on sait qu'il n'y a aucun continent "englouti". Les trois critères "englouti", "île" et "dimension continentale" ne coïncident conjointement avec aucun endroit du monde. C'est de cette incohérence que doivent se contenter, sans aucune exception, toutes les hypothèses de localisation existantes. Rien que pour ces raisons, il est bien sûr possible de se ranger du côté du point de vue selon lequel l'Atlantide de Platon n'a pu exister. En général, cet argument est également soulevé dans la discussion par cette même fraction qui considère l'Atlantide comme étant le produit de l'imagination de Platon. Malheureusement, s'il y a déjà une chose qui peut être avancée avec certitude, c'est que ce point de vue n'a vraiment rien de scientifique. Car il ne faut pas oublier que l'histoire de Platon a été exposée à un millénaire de processus de transmission au travers de plusieurs barrières linguistiques. Il est tout naturel que des informations soient erronées au fil d'une telle chaine de transmission ou que même certaines aient été ajoutées au récit pour l'embellir. C'est aussi notamment à cause des traductions que des informations originales se perdent facilement, car il n'y a souvent pas de correspondance à 100% dans la langue cible. En français par exemple, quand nous utilisons le lexème "île", nous signifions en général une vraie île. Il est cependant bien connu que le lexème νῆσος (nesos= île) était également utilisé par les Grecs de l'Antiquité pour désigner des presqu'îles (p.ex. Péloponnèse, français: Île de Pélops) ou même le Delta du Nil 4qui n'est définitivement pas une île dans le sens conventionnel du terme. Le lexème grec νῆσος vient de celui utilisé pour le verbe nager. Que le Delta du Nil ait également été qualifié de νῆσος tient vraisemblablement au fait que les parcelles agricoles irriguées par des systèmes de canaux se transformaient souvent en "île" à l'occasion de la crue annuelle.5 En l'occurrence, la description que donne Platon du cœur de l'Atlantide est très intéressante, car il dit explicitement que la plaine centrale de l'Île d'Atlas était irriguée par un système de canaux disposé comme un damier et que la capitale était entourée de canaux. Si le lexème nesos a été utilisé pour le Delta du Nil alors pourquoi pas pour d'autres deltas?

Ce n'est pas seulement en grec mais aussi notamment dans les langues sémitiques que le lexème île est utilisé plus largement pour qualifier des presqu'îles et des régions qui ne sont pas de "vraies" îles. Quelques exemples tirés de l'arabe:

  • الجزيرة‎ (Al Jazeera/Dschazira), français: "L'île" qui fait référence à "La presqu'île arabe"

  • الجزائر‎ (Al-Dschaza'ir), français: "Les îles“ qui font référence à "L'Algérie";

  • الجزيرة‎ (Al Jazeera/Dschazira), français: "L'île" qui fait référence à une région au cœur de l'Afrique qui se situe entre le Nil bleu et le Nil blanc dans le Soudan actuel;

Selon l'égyptologue Rhys Carpenter , il en va de même avec l'hiéroglyphe désignant île qui était également utilisé pour côte, bande côtière et plage. Il reste que l'histoire de l'Atlantide tirerait son origine du Saïs de l'Ancienne Égypte où elle avait été écrite en hiéroglyphes.

En outre, partant des descriptions de Platon, on ne peut pas conclure avec certitude qu'il se serait agi d'une "vraie" île, car il n'utilise justement que le lexème ambigu nesos. Il ne décrit à aucun endroit de ses dialogues de manière explicite que l'Atlantide serait une île au sens propre. Bien au contraire, sa description indique même qu'il a dû être question d'une bande côtière (par analogie avec la signification des hiéroglyphes), car il dit "Du côté de la mer, s’étendait, par le milieu de l’île entière, une plaine [...]". Le fait que la plaine se situait non seulement au milieu de l'île mais aussi sur son rivage semble être contradictoire (à moins que l'on parte du principe que l'île ait été de forme allongée). Une hypothèse qui serait plausible ici est qu'il ait été question d'une bande côtière désignée par île et que la plaine se soit trouvée au milieu. Cela répondrait de front aux critères au bord de la mer et au milieu. Objectivement parlant, le lexème nesos est donc polysémique et la description de Platon équivoque. D'une perspective scientifique, le point de vue selon lequel l'Atlantide serait une île au sens propre est donc sujet à caution et l'on devrait éviter de contribuer activement à l'évolution d'une mystification du récit sur l'Atlantide en tirant des conclusions hâtives. Il faut donc envisager d'inclure dans une recherche les "vraies" îles, les presqu'îles, les bandes côtières, les deltas et même de la terre ferme.

Même l'attribut "englouti", qui qualifie l'île selon Platon, n'est pas sans ambiguïté. Car Platon ne dit pas explicitement que la capitale ni que les hautes montagnes qui entouraient la plaine centrale de l'île ont été englouties. En revanche, Platon dit que que l'île a laissé un limon infranchissable pouvant suggérer qu'elle n'est pas complètement engloutie. Même une "mer de limon" serait encore définie comme une étendue de terre émergée et justement pas comme une mer. En supposant qu'elle ait été effectivement intégralement engloutie, en se fondant alors sur l'hypothèse quelque peu improbable selon laquelle même le plus haut des sommets montagneux de l'Atlantide (observons que les chaines de montagnes ont généralement un seul pic et les pics sont en général très pointus) ait été englouti juste au-dessous du niveau de la mer, on doit malgré tout se demander comment rien que le pic d'une seule montagne a pu handicaper la navigation d'une manière aussi grave que le décrit Platon. Il rentre donc dans le domaine du possible que l'île n'ait été que partiellement engloutie ou que Platon ait voulu faire allusion à la défaite des Atlantes contre les Athéniens qui aurait eu pour conséquence l'effondrement de l'Empire atlante.

La qualification de "dimension continentale" accorde une certaine marge d'interprétation. Platon parle-t-il vraiment d'une île de dimension "continentale" ou bien veut-il en fait simplement dire que le territoire de l'Empire atlante était de dimension continentale alors que la cité-mère, l'île, était peut-être bien plus petite? La description qu'il donne est ici ambiguë: il dit en effet d'une part que l'Île d'Atlas était plus grande que la Libye (qui correspond alors à la région de l'Afrique du Nord) et l'Asie Mineure (à peu près la région de la Turquie actuelle) réunies et mentionne d'autre part que les Atlantes avaient conquis la Libye (des colonnes d'Héraclès jusqu'au Nil). Il est donc ici manifeste qu'il utilise la Libye pour décrire la dimension de l'île mais qu'il dit en même temps que la Libye est un territoire conquis. Platon a t-il alors étendu l'utilisation du terme île aux territoires conquis, peut-être de la même manière que l'expression British Empire désigne le Royaume-Uni avec toutes ses colonies alors que le pays initial, l'île Great Britain est bien plus petite?

A l'évidence, les trois critères "englouti", "île" et "dimension continentale" sont ambigus et leur combinaison semble être d'autant plus problématique. La vraie question qu'il faut se poser pour aller au fond de cette énigme vieille de plus de 2300 ans n'est pas "Y a-t-il un endroit sur Terre qui répond à tous les critères notables de localisation de l'Atlantide?" mais plutôt: Quel est l'endroit du monde qui répond au plus de critères notables de localisation de l'Atlantide? C'est seulement quand cet endroit aura été trouvé que l'on pourra alors considérer la question de savoir comment l'on pourrait interpréter les critères englouti, île et dimension continentale.

Hierarchical Constraint Satisfaction

Dans les sciences de l'information, on comprend sous Hierarchical Constraint Satisfaction (satisfaction de contrainte hiérarchique) un procédé grâce auquel une ou plusieurs solutions particulières faisant partie d'un vaste champ (de solutions possibles) vont être délimitées, dans un premier temps, au moyen d'informations ou de conditions générales initiales. Ensuite, et pour toutes les étapes suivantes (hiérarchies), le champ de résultats correspondant (récursif) va être soumis au même procédé alors que les conditions (les contraintes) à remplir vont passer de "générales" à toujours plus "spécifiques". Le résultat affichera les solutions qui n'auront été rejetées lors d'aucune des étapes.

Comme mentionné plus haut, Platon décrit l'Île d'Atlas d'une manière très détaillée. Il nous transmet une foison de critères auxquels l'île doit répondre. Pour une analyse heuristique selon le procédé Hierarchical Constraint Satisfaction, il est approprié de classifier chacun de ces critères notables selon la dimension de l'objet qu'il décrit et de les ordonner dans l'une des classes géographiques suivantes:

  • Critères globaux (premier niveau hiérarchique)

  • Critères régionaux (deuxième niveau hiérarchique)

  • Critères locaux (troisième niveau hiérarchique)

Ainsi, comme pour le problème avec les adresses, un filtrage hiérarchique de tous les lieux est rendu possible en intégrant, dans l'ordre, d'abord les critères globaux, puis régionaux et enfin locaux (de critères généraux à des critères spécifiques). Tous les critères se rapportant à de très vastes territoires seront ainsi classés parmi les critères globaux. La plaine centrale de l'Atlantide par exemple, à propos de laquelle Platon écrit qu'elle se situait en bordure maritime, implique que toute l'île d'Atlantide soit a proximité immédiate d'une mer ou d'un océan. Comme les mers et les océans sont d'envergure planétaire, le critère proximité de la mer sera classé parmi les critères globaux.

Les critères faisant référence à des attributs géographiques, géologiques ou culturels d'une moindre ampleur que les critères globaux seront classifiés comme régionaux.

Exemples de critères régionaux:

Géographiques: Il y avait une vaste plaine,
La plaine était entourée de hautes montagnes,
...
Géologiques:
Il y a avait des gisements d'argent, d'or et d'étain,
Il y avait des roches rouges, noires et blanches,
...
Biologiques:
Il y a avait des plantes aromatiques (herbes, racines et arbres),
Il y avait une plante qui fournissait de la nourriture solide et liquide ainsi que de l'onguent,
La flore était de type méditerranéen, subtropical ou tropical,
...
Culturels:
Les Atlantes portaient par moments des vêtements bleus,
Les Atlantes accordaient une importance particulière aux chiffres pairs et impairs,
...

Les informations classifiées en tant que locales sont celles qui se rapportent à de très petites échelles géographiques (p. ex. la structure géomorphologique annulaire de la capitale de l'Atlantide ou les sources sur l'acropole).

Au premier niveau hiérarchique du procédé, tous les critères classifiés comme globaux sont marqués sur une mappemonde. On examine alors si une quelconque zone présente une accumulation significative des critères qui suggèrerait une localisation de l'île Atlantide dans cette région. En admettant que c'est le cas, la région qui aura été ainsi délimitée va être comparée dans une seconde étape (deuxième niveau hiérarchique) à tous les critères classifiés comme régionaux. Si les critères régionaux correspondent également à ladite région, on peut alors passer à la troisième étape (troisième niveau hiérarchique) afin de localiser la capitale de l'Atlantide grâce aux critères locaux appliqués à cette région.

Avec ce procédé, si un critère a été estimé de manière arbitraire comme étant plus important qu'un autre, des erreurs risquent forcément de s’introduire lors de la détermination du lieu. Car il serait possible que le critère auquel aura été accordé plus d'importance soit erroné et que par là même plusieurs critères valables soient "mis en minorité". Il ne peut donc être toléré d'évaluer arbitrairement un critère. Toutes les informations données par Platon doivent être a priori considérées comme étant de même importance.

Le but est donc de représenter sur une mappemonde ou une autre carte, au moyen de projections, toutes les informations géographiques identifiables tirées des dialogues de Platon. Ce faisant, l'importance des informations individuelles doit être mise de côté. Il faut en revanche rechercher s'il y a un endroit où apparait une accumulation flagrante des analogies entre indices et réalité. Les scénarios suivants sont envisageables:

  • S'il n'existe, dans le monde entier, aucune analogie entre indices et réalité ou si ces dernières sont plus ou moins réparties de manière homogène, il faut supposer soit qu'il n'y a rien d'authentique dans cette histoire ou soit que les informations sont entre temps trop corrompues.

  • S'il existe beaucoup d'endroits qui correspondent à beaucoup de critères, il faut en déduire que les critères ne sont pas suffisamment révélateurs pour procéder à une localisation fiable. (Toutefois aucune telle région n’a été découverte jusqu’à présent. En effet, la multitude des localisations de l’Atlantide qui existent déjà ont, pour le moins, toutes le point commun de ne correspondre qu’à très peu de critères. Il faut donc en déduire que les lieux qui répondent à beaucoup de critères notables pour l'identification de l'Atlantide sont probablement extrêmement rares.)

  • S'il y a peu de lieux qui répondent certes à plusieurs critères mais que ces critères sont disjoints, alors il est possible que Platon ait composé l'histoire en assemblant divers récits.

  • S'il y a un seul lieu qui corresponde à beaucoup de critères, alors il faut partir du principe qu'il s'agit d'un site-candidat pour l'Atlantide que l'on peut prendre au sérieux.

Représentation graphique

Pour chaque indice d'ordre global, un masque est créé afin d'être posé sur une carte centrée sur Athènes. Le masque noircit la région de la carte qui ne correspond pas à l'information en question. Toutes les autres régions qui concordent avec l'information restent visibles à travers les trous du masque. Au final, tous les masques sont placés les uns sur les autres. Une fois que tous les masquages sont posés les uns sur les autres, si une région est représentée par une zone noire sur la carte c'est qu'il y a une grande probabilité que l'Atlantide ne puisse s'y trouver. Si pour une certaine région, tous les trous du masque se retrouvent les uns sur les autres (tous les critères correspondent), elle apparait alors en blanc (ou disons plutôt que la carte du dessous est restée à 100% visible). Ce genre de région fera l'objet d'un nouvel examen dans l'étape hiérarchique suivante. Tous les autres endroits apparaissent de gris clair à gris foncé en fonction du nombre d'indices qui concordent.

Carte de départ

C'est une carte du globe centrée sur Athènes qui sert de carte de base. Pour être sûr que les continents et les mers soient représentés sur un pieds d'égalité avec les masques, seuls les lignes de frontière entre mer et terre ferme sont tracées.

Carte de départ - Représentation de la Terre d'une perspective centrée sur Athènes. Ce sont les lignes côtières des mers actuelles qui sont tracées.

Critères globaux

Les critères globaux suivants ont pu être tirés des dialogues de Platon:

  • Critère d'exclusion rayon > 5000 km autour d'Athènes

  • L'Atlantide se situait à l'ouest de l'Égypte et de la Tyrrhénie

  • L'Atlantide se situait près de la mer

  • A Atlantide il y avait des éléphants

  • L'Atlantide comportait une très haute et imposante montagne

  • De la perspective d'Athènes, l'Atlantide se situait au-delà d'un détroit entre une petite et une grande mer

  • L'Atlantide ne se situait pas dans l'Europe antique ou en Asie

Critère d'exclusion rayon > 5000 km autour d'Athènes

D'un point de vue logistique, il est très improbable qu'une armée ait pu, il y a plus de 2600 ans, (Platon parle même de 9000 ans avant son époque) mener une guerre en traversant des océans. Tous les continents qui ne peuvent être reliés à Athènes par voie terrestre seront catégoriquement exclus de cette recherche. Ainsi l'Amérique du Nord et l'Amérique du Sud, l'Antarctique et l'Australie sont écartées des régions potentielles de l'Atlantide.

Au cours de ses conquêtes, Alexandre le Grand est venu à bout de 20.000 kilomètres. La distance la plus longue de son pays natal, qui était la Macédoine, était de 4.700 km. Comme l'on peut partir du principe que cette distance représentait une valeur extrême pour l'époque, c'est en se fondant sur cette valeur que tous les lieux qui se situent à plus de 5.000 km d'Athènes seront également exclus de cette recherche. Si l'Atlantide ne peut être trouvée dans ce rayon, il sera toujours possible d'élargir progressivement la zone de recherche.

En plus de ce critère d'exclusion, il est certain qu'Athènes n'était pas non plus l'Atlantide. L'Athènes archaïque ainsi que d'autres pays (Platon mentionne aussi l'Égypte) devraient donc également être ajoutés aux territoires exclus. Mais étant donné qu'il est difficile d'établir une position exacte de l'Athènes et de l'Égypte archaïques, à cause d'un manque d'indices temporels précis et de frontières historiques exactes, elles seront d'abord tolérées en tant que territoires potentiels de l'Atlantide. Il en résulte les masques suivants:

Masque du rayon - Sont masqués (noircis) tous les lieux dont la distance à Athènes dépasse 5000 km. Les territoires non atlantes de l'Athènes et de l'Égypte archaïques ne sont pas marqués comme zone exclue en raison d'un manque de données temporelles fiables duquel découlent des lignes de frontières qui ne sont pas définissables historiquement.

L'Atlantide se situait à l'ouest de l'Égypte et de la Tyrrhénie

Dans le Timée, Platon décrit entre autres les territoires de l'Empire atlante et ses pays frontaliers. En plus du territoire inconnu de l'Île d'Atlas, il nomme la Libye et l'Europe ainsi que l'Égypte et la Tyrrhénie. Ce qui est en l'occurrence intéressant, c'est l'ordre dans lequel il énonce les pays et les territoires. Voici sa description:

"En outre, en deçà du détroit [colonnes d'Héraclès/ Gibraltar], de notre côté, ils étaient maîtres de la Libye [Afrique du Nord à l'ouest de l'Égypte] jusqu’à l’Égypte, et de l’Europe [aujourd'hui l'Espagne, la France, l'Italie, etc.] jusqu’à la Tyrrhénie [correspond à peu près à la région de la Toscane en Italie]." (Timée 25b)

Il mentionne ici d'abord le détroit [détroit de Gibraltar] que l'on situait dans l'Antiquité, comme de nos jours, à l'ouest entre l'Europe et la Libye et indique que des parties de l'Europe et de la Libye étaient déjà sous l'emprise des rois atlantes. Les deux autres territoires qui se situent plus à l'est, la Tyrrhénie et l'Égypte, font toutefois partie de la zone frontalière des territoires atlantes. L'Atlantide devrait donc plutôt se situer à l'ouest qu'à l'est d'une ligne imaginaire reliant la Tyrrhénie (Toscane actuelle) à l'Égypte. Il semble en effet improbable qu'une armée arrivant de l'est ait contourné la Grèce et l'Égypte pour ensuite attaquer les deux pays par l'ouest.

Masque de la zone à l'ouest de l'Égypte et de la Grèce - Seront classifiées comme étant improbables toutes les régions situées à l'est d'une ligne imaginaire reliant la Tyrrhénie et l'Égypte. A la différence du masque du rayon celui-ci est seulement gris clair, car il ne s'agit pas ici d'un critère d'exclusion. L'Atlantide peut donc aussi avoir été située à l'est de cette ligne, c'est à dire dans la zone grise, mais cela est moins probable.

L'Atlantide se situait près de la mer

"Du côté de la mer […] s’étendait [...] une plaine [...]" (Critias 113c)

La plaine centrale de l'Atlantide, sur laquelle Platon écrit explicitement qu'elle se situait en bordure maritime, implique la proximité immédiate de toute l'Île d'Atlas d'une mer ou d'un océan. Puisque l'Atlantide devrait s'être trouvée en mer ou au bord de la mer - mais pas dans des fonds marins irréalistes-, en plein milieu d'une grande étendue de terre ferme, il faut privilégier la recherche dans les environs d'une côte. Il faut ici également prendre en considération toutes les régions qui n'étaient autrefois6 pas encore recouvertes par une mer qui est montée d'environ 110 m depuis la dernière glaciation. De fait, l'Atlantide a également pu se situer dans une région qui se retrouve aujourd'hui dans la zone d'une mer ancienne asséchée.

Le masque de toutes les bandes côtières de 200 km de largeur (100 km du côté des terres et 100 km du côté de la mer)7 et les anciennes terres immergées jusqu'à 120 mètres de profondeur:

Masque de la proximité de la mer - Toutes les régions qui se situent à plus de 100 km vers l'intérieur des terres (en partant de la bande côtière actuelle) ou à plus de 100 km dans la mer (en partant d'un bande côtière datant de 15.000 ans qui se trouvait environ 110 m en dessous de celle de notre époque ii) sont masquées en gris. Comme Platon écrit que l'Atlantide aurait existé 9000 ans avant l'époque de Solon (env. 600 BCE), ce qui fait donc en tout maximum il y a 11.600 ans, une ligne de côte datant de 15.000 ans est certainement plus que suffisante.

A Atlantide il y avait des éléphants

"On y trouvait même une race d’éléphants très nombreuse ; car elle offrait une plantureuse pâture non seulement à tous les autres animaux qui paissent au bord des marais, des lacs et des rivières [...] mais encore également à cet animal, qui par nature est le plus gros et le plus vorace. En outre, tous les parfums que la terre nourrit à présent, en quelque endroit que ce soit, qu’ils viennent de racines ou d’herbes ou de bois, ou de sucs distillés par les fleurs ou les fruits – elle les produisait et les nourrissait parfaitement," (Critias 114e)

"Du côté de la mer, s’étendait, par le milieu de l’île entière, une plaine qui passe pour avoir été la plus belle de toutes les plaines et fertile par excellence." (Critias 113c)

"[...] et aussi les fruits cultivés et les secs, dont nous usons pour notre nourriture, et tous ceux dont nous nous servons pour compléter nos repas, et que nous désignons par le terme général de légumes, et ces fruits ligneux qui nous fournissent des boissons, des aliments et des parfums, et ce fruit à écailles et de conservation difficile, fait pour notre amusement et notre plaisir, et tous ceux que nous servons après le repas pour le soulagement et la satisfaction de ceux qui souffrent d’une pesanteur d’estomac, tous ces fruits, cette île sacrée qui voyait alors le soleil, les produisait magnifiques, admirables, en quantités infinies ." (Critias 115a)

Platon décrit ici à l'évidence une région qui a un climat de type méditerranéen à subtropical. Ces conditions climatiques n'ont pas dû être adaptées pour des mammouths qui appartiennent au même ordre animal que les éléphants de notre époque et qui vivaient dans l'hémisphère nord en partie jusqu'au deuxième millénaire avant notre ère. On peut donc supposer que les éléphants qui sont mentionnés dans les dialogues de Platon ne sont pas des mammouths.

Cela étant, la propagation d'éléphants sans fourrure au nord de la Méditerranée est improbable ou du moins si populations d'éléphants il y a eu, elles n'ont pas dû être très grandes à cause des conditions climatiques et de la barrière naturelle que constituait la Méditerranée. Comme il a été prouvé que l'espèce des éléphants qui vivait en Europe, l'Elephas (Palaeloxodon) antiquus, s'est éteinte il y a déjà 33.000 ans BCE dans les régions au nord de la Méditerranée, cette espace vital peut être écarté de nos considérations. On sait toutefois que des éléphants nains vivaient p. ex. à Malte.

Le navigateur Hannon (470 BCE), Plinius l'Ancien (23 CE = 23 ap. J.-C.) et d'autres sources, révèlent en revanche la présence d'éléphants au Nord-Ouest de l'Afrique (Maghreb) jusqu'au 7 ème siècle. De nos jours il n'y a néanmoins plus aucune population naturelle d'éléphants au Maghreb. Il est également connu que les éléphants peuplaient les régions de la Syrie à la Mésopotamie et jusqu'à l'Inde et l'Indonésie.

Il parait donc judicieux d'élaborer un masque comportant une ligne de séparation d'ouest en est au travers de la Méditerranée. Ainsi toutes les régions se situant au nord de cette ligne seront éliminées. A l'est, cette délimitation devra être tracée plus au nord car là-bas il n'y a plus la barrière naturelle que constitue la Méditerranée.

Masque des éléphants - Il est connu que des éléphants nains vivaient autrefois en Sicile et à Malte, probablement immigrés d'Afrique en passant par un isthme à l'époque d'un bas niveau de la mer. Plus au nord, la probabilité qu'il y ait eu des éléphants sans fourrure décroit, car la Méditerranée et les conditions climatiques forment une barrière naturelle.

L'Atlantide englobait une très haute et imposante montagne

"[...] s’étendait une plaine [...] sa surface était unie et régulière, [...] elle mesurait [...] en montant de la mer [...] . Cette région était, dans toute la longueur de l’île, exposée au midi et à l’abri des vents du nord. On vantait alors les montagnes qui l’entouraient, comme dépassant en nombre, en grandeur et en beauté toutes celles qui existent aujourd’hui.“ (Critias 118b)

Platon décrit ici une imposante et haute montagne qui a dû se situer relativement près d'une mer. Il doit également s'agir d'un massif montagneux constitué de nombreuses montagnes. Des montagnes isolées telles que p. ex. l'Etna (3 323 m, Sicile) ou le Pic du Teide (3 718 m, Ténérife) sont ainsi rayées de la carte. Voici à quoi ressemble la liste des dix plus hautes montagnes qui se trouvent dans le rayon des 5000 km autour d'Athènes et qui remplissent également le critère de proximité de la mer:

Alborz, Zagros 5671 m
Caucase 5642 m
Alpes 4809 m
Plateaux d'Éthiopie 4545 m
Taurus 4400 m
Atlas 4165 m
Chaîne pontique 3937 m
Sierra Nevada 3482 m
Pyrénées 3404 m
Pirin, Rila, Rhodopes 2914 m

Considérant en outre que la montagne devrait protéger une plaine en bordure maritime des vents soufflant du nord, il faut logiquement éliminer toutes les montagnes situées sur le rivage sud d'une mer. Car au nord de la plaine ne peut se trouver que soit une haute montagne qui la protège du vent, soit une mer, mais pas les deux. Sont ainsi exclues l'Alborz, la partie est de l'Atlas et la chaîne pontique.

Masque des montagnes - De gauche à droite: Atlas de l'Ouest, Sierra Nevada, Pyrénées, Alpes, Pirin, Taurus, Caucase (en haut), plateaux éthiopiens (en bas) et les monts Zagros.

De la perspective d'Athènes, l'Atlantide se situait au-delà d'un détroit entre une petite et une grande mer

"[...] car il s’y trouvait une île devant ce détroit que vous appelez, dites-vous, les colonnes d’Héraclès. Cette île était plus grande que la Libye et l’Asie réunies. [...] Car tout ce qui est en deçà du détroit dont nous parlons ressemble à un port dont l’entrée est étroite, tandis que ce qui est au-delà forme une véritable mer et que la terre qui l’entoure a vraiment tous les titres pour être appelée continent." (Timée 24e)

"Avant tout, rappelons-nous qu’en somme il s’est écoulé neuf mille ans depuis la guerre qui, d’après les révélations des prêtres égyptiens, éclata entre les peuples qui habitaient au-dehors par-delà les colonnes d’Héraclès et tous ceux qui habitaient en deçà [...].“ (Critias 108e)

"Tous ces fils de Poséidon et leurs descendants habitèrent ce pays pendant de longues générations. Ils régnaient sur beaucoup d’autres îles de l’Océan et, comme je l’ai déjà dit, ils étendaient en outre leur empire, de ce côté-ci, à l’intérieur du détroit, jusqu’à l’Égypte et à la Tyrrhénie." (Critias 114c)

Platon décrit la connexion de deux mers. Dans l'une, dans la baie du port, se trouvaient les régions attaquées par l'Empire atlante: l'Égypte et la Tyrrhénie. Il est donc possible de partir du principe que c'est la Méditerranée qu'il désigne par baie du port et qu'il n'a utilisé ce terme que pour établir un ordre de grandeur entre la Méditerranée et l'autre mer.

Dans le rayon de 5000 km autour d'Athènes, il existe quatre détroits qui relient différentes mers: le détroit de Kertch (mer Noire - mer d'Azov), le Bosphore (mer Noire - mer de Marmara), les Dardanelles (mer de Marmara - Méditerranée) et le détroit de Gibraltar (mer Méditerranée - océan Atlantique). Il en ressort logiquement que la seule liaison entre la petite mer Méditerranée et une grande mer ne peut être que celle du détroit de Gibraltar (les colonnes d'Héraclès) qui relie la mer Méditerranée à l'océan Atlantique.

Bien sûr Platon dit également explicitement que les Atlantes arrivaient d'en-deçà des colonnes d’Héraclès depuis la mer d'Atlas ( ̓Ατλαντικου̂ πελάγους). Comme nous l'avons déjà vu, ceci ressort également indirectement de ses descriptions d'une manière manifeste, sans même prendre en compte les colonnes d’Héraclès et la mer d'Atlas. On peut donc sans nul doute tirer la conclusion que les colonnes d’Héraclès font allusion à Gibraltar comme la mer d'Atlas à l'Atlantique, d'autant que l'on sait par ailleurs qu'ils étaient ainsi nommés dans l'Antiquité.

Tout l'Atlantique et son littoral peuvent donc être pris en compte comme région originelle potentielle des Atlantes.

Le masque des détroits - Seul l'Atlantique satisfait aux conditions d'être "grand" en comparaison à la petite Méditerranée et d'être relié à celle-ci par un détroit. Platon dit aussi explicitement que les Atlantes arrivaient d'en-deçà des colonnes d’Héraclès (Gibraltar) depuis la mer d'Atlas (Atlantique)

L'Atlantide ne se situait pas en Europe antique ou en Asie

"En effet, les monuments écrits disent que votre cité [Athènes archaïque] détruisit jadis une immense puissance qui marchait insolemment sur l’Europe et l’Asie tout entières, venant d’un autre monde situé dans l’océan Atlantique." (Timée 24e)

Mappemonde antique - Schématisation d'une carte du monde tel qu'il était représenté par Hérodote à l'époque de la Grèce antique.

L'Antiquité se représentait le monde d'une manière moins complexe par un disque coupé en trois parties qui était entouré d'Okeanos. Ces trois parties étaient l'Europe, l'Asie et la Libye qui étaient disposées autour du centre représenté par la Méditerranée. Le fait que Platon écrit que l'Atlantide avait attaqué l’Europe et l’Asie tout entières suggère que l'Atlantide n'était ni en Europe ni en Asie. Par conséquent, elle devait se situer ou en Libye ou dans une mer (Atlantique, Méditerranée, océan Indien, etc.).

Masque de l'Europe et de l'Asie - L'Atlantide devait probablement se situer en Afrique, dans la Libye antique ou dans une mer ou un océan.

Résultats des indices globaux

En combinant tous les masques de critères globaux, on obtient l'image suivante:

Combinaison de tous les masques des critères globaux - Après évaluation des indices globaux, la zone apparaissant comme étant la plus vraisemblable pour l'Atlantide est une région au sud du Haut-Atlas, dans le Maroc actuel. Il n'y a que pour cette région que tous les indices globaux correspondent.

Accumulation d'indices

La plupart des régions ressortent en gris à gris foncé voire même en noir. Le plus mauvais résultat, parce qu'il apparait en noir ou presque, est représenté par les régions au nord-est d'Athènes.

La zone la plus vraisemblable pour l'Atlantide (tous les critères globaux concordent) se situe sur la côte Nord-Ouest de l'Afrique, dans le Maroc actuel. Elle se trouve à peu près à l'endroit où le Haut-Atlas rencontre l'Atlantique. Par conséquent, l'Île d’Atlas que l'on recherche devait être la plaine du Souss (en tifinagh ⵙⵓⵙ) au sud 8 du Haut-Atlas ou bien elle se trouvait à proximité ou (en partie) à l'intérieur de cette plaine.

Ce qui doit attirer l'attention, c'est que Atlas (le nom du roi d'Atlantide) et Atlantique (bei Platon  ̓Ατλαντικου̂ πελάγους = Mer de l'Atlas) sont également des indices nommément mentionnés par Platon qui n'ont cependant délibérément pas été classifiés comme globaux pour éviter un éventuel cercle vicieux. Car il serait bien possible que cette énigme vieille de plus de 2300 ans ait elle-même directement ou indirectement contribué à donner précisément à ces régions (montagne et mer de l'Atlas) erronément les noms d'Atlas et d'Atlantique. A ce niveau du procédé, nous sommes donc en mesure de constater qu'il pourrait exister un rapport entre les noms utilisés par Platon, la région des montagnes de l'Atlas et l'Atlantique.

Maroc du Sud

C'est au sud du Haut-Atlas, au niveau d'Agadir, que s'amorce la région Souss-Massa-Drâa. A l'époque actuelle, cette région commence par une plaine large d'environ 25 km, la plaine du Souss, qui, à partir d'Agadir, s'étale parallèlement à l'Atlantique et à l'Anti-Atlas sur environ 72 km en direction du sud. A partir de Tiznit, cette plaine est plus vallonnée jusqu'à sa délimitation marquée par l'Anti-Atlas qui lui même se heurte à l'Atlantique. Puis, à partir de Tan-Tan, elle prend à nouveau la forme d'une large plaine côtière complètement plane que l'on rattache déjà au Sahara. Elle est ici principalement composée d'immenses plateaux de grès recouverts de dunes qui sont fragmentées à intervalles plus ou moins réguliers par des oueds (wadis).

Aux abords du Sahara, au sud du Haut-Atlas, règne aujourd'hui le climat tropical sec du désert, c'est à dire un climat extrêmement chaud et aride. La fréquence des précipitations est tellement faible (< 200 mm par an) que l'agriculture n'est rendue possible que dans les oasis grâce à l'irrigation. Cette région, comme beaucoup d'autres du monde, est affectée par l'aridification. On sait cependant que cette partie sud du Maroc était bien plus riche en précipitations et donc bien plus fertile à l'époque (pré-)antique. Pendant la période du Sahara vert (dite aussi Neolithic Subpluvial ou Holocene Wet Phase, env. 8,500 – 1,200 B.C.E.), le Souss et une grande partie du Sahara étaient une zone très fertile qui devait être parfaitement adaptée à l'agriculture. Malgré la progression de l'aridification, la plaine du Souss compte aujourd'hui encore parmi les régions les plus fertiles du Maroc, car elle reste irriguée jusqu'en été par les cours d'eau qui descendent du Haut-Atlas (en particulier par l'Oued Souss) avant que la période de pluie annuelle ne reprenne.

Indices régionaux

Au niveau hiérarchique suivant, l'unique région qui correspond à tous les critères globaux est alors examinée sous le rapport des critères régionaux. Néanmoins, afin de ne pas dépasser le cadre de cet article, seuls quelques critères régionaux seront développés ici.

  • Île

  • Atlas, Atlantique et les colonnes d'Héraclès

  • Plaine

  • Roche primitive rouge, noire et blanche

  • Architecture rouge, noire et blanche

  • Dimensions de l'île

  • Irrigation

  • Frontières

  • Canaux d'irrigation

  • Docks couverts en roche rouge, noire et blanche

  • Fruits

  • Terre ferme en face & autres îles

  • Vent du nord

  • Gisement de minerai

  • Or

  • Argent

  • Étain

  • Fer

  • Volcanisme

  • Chevaux

  • Au-delà des colonnes d'Héraclès

  • Gadiros

  • Conditions géologiques pour des structures annulaires

  • Cours d'eau descendant de la montagne

  • Graben côtier

  • Racines aromatiques

  • Indices culturels

  • Robes bleu foncé

  • Taureaux de sacrifice

  • Anneaux concentriques

  • Chiffres pairs et impairs

Île

"[...] car il s’y trouvait une île [Atlantide] [...]" (Timée 24e)

Contrainte régionaleL'Atlantide doit être une île.

Il est bien connu que l'ensemble du Nord-Ouest africain (le Maghreb) est nommé Île de l'Occident (Djesirat el Maghreb) au moins depuis le Moyen-Age par les géographes et les commerçants arabes:

"Le nom Atlas, aujourd'hui inusité dans toute l'Afrique, date de l'Antiquité. Pour les navigateurs arrivant de l'ouest de l'océan, le massif montagneux apparaissait comme une haute colonne massive qui portait les fondations célestes et représentait déjà chez Homère et Hérodote la frontière la plus occidentale de la Terre telle qu'elle était connue des anciens. Les légendes de Persée et d'Héraclès en faisaient déjà l'écho, et, aux yeux des géographes arabes, cette avancée montagneuse au Nord-Ouest de l'Afrique était une île de l'extrême Ouest qui était isolée du reste du monde par la mer Méditerranée, l'océan Atlantique et le désert. (Meyer Enzyklopädie, 1897 – Mot-clef: Atlas)

C'est sûrement déjà à partir du développement de relations commerciales au travers des frontières naturelles du Moyen-Atlas, du Haut-Atlas, de l'Anti-Atlas ainsi que du Sahara ou de la mer que le terme île a été utilisé pour désigner le Maghreb. Cette qualification daterait alors de plusieurs millénaires. Pour autant que l'on interprète l'expression "région isolée" dans le sens des géologues et commerçants arabes comme signifiant une île, cette désignation concorde alors en particulier avec la plaine du Souss, étant donné qu'en plus de se trouver à l'intérieur de l'Île de l'Occident , elle est encerclée par les massifs montagneux particulièrement hauts du Haut-Atlas et de l'Anti-Atlas. Les montagnes du Haut-Atlas et de l'Anti-Atlas sont le produit de la dérive de la plaque africaine et de la plaque eurasienne. Ces deux montagnes sont séparées l'une de l'autre par la très longue vallée du Dadès et du Souss. Entre les deux s'étend ce que l'on appelle le sillon pré-africain (accident sud-atlasique), qui est aujourd'hui une zone de subduction encore active. La plaine du Souss se situe ainsi au centre de l'activité tectonique alentours et représente le cœur géologiquement actif du massif de l'Atlas. Étant isolée par la présence de montagnes particulièrement hautes, la plaine du Souss aurait pu être qualifiée comme une île à l'intérieur même de l'Île de l'Occident, suivant l'acception des géologues arabes.

Il existe quelques indications selon lesquelles les vallées vertes et fertiles au milieu de montagnes arides seraient désignées par le lexème île dans différents dialectes amazighes, de manière analogue aux oasis que l'on appelle Wüsteninsel (litt: "îles du désert") en allemand. D'une façon générale, le lexème île semble avoir été utilisé dans les langues amazighes de manière très variable. Des rocs isolés étaient ainsi également appelés îles ou montagne-îles.

Les coordonnées de Ptolémée indiquent aussi plusieurs îles exactement dans la région du Souss qui n'ont jusqu'à présent pas encore pu être identifiées à de vraies îles. Selon Ptolémée c'est là-bas que se trouveraient l'île d'Hera, l'île de Kernè ou l'île des Autololes9. Il est possible que ces noms ne se rapportent pas à de "vraies" îles mais justement à des régions isolées telle que l'île de la plaine du Souss.


Position isolée de "l'île du Souss" - Les chaînes de montagnes du Haut-Atlas et de l'Anti-Atlas, l'océan Atlantique et le Sahara concourent à faire de la plaine du Souss la région la plus difficile à atteindre par l'est.

Le fait que le Maghreb soit qualifié d'île n'est bien sûr, en soi, pas la preuve qu'il fût ainsi nommé dans l'Antiquité ou la pré-Antiquité. Cependant le fait que cela soit aujourd'hui le cas et que les Égyptiens, les Grecs et sans doute les Amazighs aient également utilisé ce terme pour qualifier des régions isolées ou des vallées/deltas fertiles, laisse supposer l'ancienneté de l'usage du mot île pour de telles régions.

Satisfaction de contrainteLe Maghreb (et par là même également le Souss) est aujourd'hui (encore) qualifié d'île. Il est possible que le Souss ait également été individuellement qualifié d'île. Il est même possible que sa position particulièrement isolée ait été l'origine de l'expression "île de l'Occident"

Une plaine entourée de montagnes

"A présent il me faut essayer de rappeler quel était le caractère du pays et la forme de son organisation. Tout d’abord, on m’a dit que tout le pays était très élevé et à pic sur la mer, mais que tout autour de la ville s’étendait une plaine qui l’entourait et qui était elle-même encerclée de montagnes descendant jusqu’à la mer; que sa surface était unie et régulière, qu’elle était oblongue en son ensemble, qu’elle mesurait sur un côté trois mille stades et à son centre, en montant de la mer, deux mille. Cette région était, dans toute la longueur de l’île, exposée au midi et à l’abri des vents du nord." (Critias, 118a)

Contrainte régionale → La plaine centrale de l'Île d'Atlas doit être entourée de montagnes qui s'étendent jusqu'à la mer.

Une partie de la description de Platon fait penser à un périple (aussi Periplous; griechisch περίπλους), qui est un terme nautique antique la plupart du temps traduit par "circumnaviguer", "ce que l'on doit contourner en voilier", ou "navigation côtière". Dans l'Antiquité, un périple était un document manuscrit qui aidait les marins à s'orienter quand ils naviguaient dans des eaux inconnues. Comme la navigation se pratiquait en général le long des côtes, on y décrivait, de la perspective d'un bateau, tous les points marquants de la bande côtière. Y figuraient donc surtout les ports, les embouchures, les baies, les montagnes ainsi que la distance les séparant. Mais on y indiquait aussi notamment l'orientation de la côte.

Les marins qui naviguaient le long de la côte marocaine en direction du sud et qui passaient devant le point de contact entre le Haut-Atlas et l’Atlantique, au niveau du Cap Ghir (chez Ptolémée ce cap se nommait encore Cap d’Héraclès), ont tout à fait pu avoir l’impression que la région s’élevait à pic, car à cet endroit là, les contreforts du Haut-Atlas sont des murailles de rochers culminant jusqu’à plus de 1200 m et tombant presque verticalement directement sur la mer. Si l’on en croit Platon, ce point a du se situer au nord d’une plaine unie et régulière qui s’étendait vers le sud. Avec la plaine du Souss, c'est une topographie complètement plane qui succède aux hauts contreforts de l'Atlas, d'une manière tout à fait analogue à la description de Platon. De forme allongée, la plaine du Souss est plus longue sur la zone côtière que vers l'intérieur des terres. Elle est en outre entourée de montagnes qui s'étendent jusqu'à la mer. La description de Platon correspond donc très bien avec les données sur place. Seule l'indication de grandeur de 2000 x 3000 stades parait surdimensionnée.

Agadir et la plaine du Souss - De la perspective d'un contrefort du Haut-Atlas: Agadir et la plaine du Souss qui s'amorce au sud de la ville.


La plaine du Souss - La plaine du Souss entourée du Haut-Atlas et de l'Anti-Atlas.

Satisfaction de contrainte La plaine du Souss est entourée de montagnes qui s'étendent jusqu'à la mer

Roche primitive rouge, noire et blanche

"Ils revêtirent d’un mur de pierre le pourtour de cette île, les enceintes et les deux côtés du pont, qui avait une largeur d’un plèthre. Ils mirent des tours et des portes sur les ponts et à tous les endroits où passait la mer. Ils tirèrent leurs pierres du pourtour de l’île centrale et de dessous les enceintes, à l’extérieur et à l’intérieur ; il y en avait des blanches, des noires et des rouges." (Critias 116a. b)

Contrainte régionale Il doit y avoir de la roche primitive rouge, noire et blanche.

Cette combinaison de trois couleurs différentes qui, comme Platon le laisse entrevoir (Platon mentionne dans un autre contexte que les Atlantes travaillaient cette roche colorée pour construire des docks couverts. Il doit donc s'agir d'une roche solide, car ceci ne serait pas possible avec un matériau souple), se trouvent dans une même zone géographique, est assurément un des points de repère régionaux les plus éloquents. Il est probable que cette combinaison de couleurs de roche soit rare à trouver dans un même endroit, du moins si l'on part de couleurs clairement différentiables. Comme cette roche était exploitée en bord de mer, on doit encore pouvoir la trouver en bordure maritime.

Ce qui est étonnant, c'est que l'on trouve cette combinaison avec une nette différentiation des couleurs noire, rouge et blanc à plusieurs endroits de la plaine du Souss. L'un de ces endroits se trouve sur la côte atlantique près de Aglou Plage. Là-bas s'amorce une basse chaîne de montagnes qui s'étend parallèlement au littoral et de laquelle cette roche tricolore est extraite à plusieurs endroits.

Il y a un autre lieu qui se trouve un peu au sud du Cap Ghir. Il répond également à d'autres critères régionaux importants (cf. paragraphe suivant).


Roche rouge, noire et blanche - Pierres extraites d'une carrière près d'Aglou Plage. Les trois couleurs noir, rouge et blanc sont clairement identifiables. Ces roches sont toutes des calcites colorées par différentes inclusions (hématite, carbone).

Satisfaction de contrainteDans la plaine du Souss il y a des roches primitives rouges, noires et blanches.

Docks couverts aménagés dans de la roche rouge, noire et blanche

"[...] il y (les pierres) en avait des blanches, des noires et des rouges. Et tout en extrayant les pierres, ils construisirent des bassins doubles creusés dans l’intérieur du sol, et couverts d’un toit par le roc même." (Critias 116a, b)

Contrainte régionale Il doit y avoir des docks couverts aménagés dans de la roche rouge, noire et blanche.

A proximité du Cap Ghir, il se trouve effectivement directement en bord de mer une structure géomorphologique qui est sûrement unique au monde et qui coïncide précisément avec la description de Platon. On y trouve au moins trois baies qui ont chacune plusieurs enfoncements ressemblant à des garages. Ces "cavernes", qui servent aujourd'hui encore de bassin pour entreposer les bateaux des pêcheurs (docks), ont toutes une hauteur et une largeur d'env. 4-6 mètres et sont d'une profondeur allant jusqu'à 20 mètres. La roche se compose d'une couche rouge et horizontale d'env. 12 mètres d'épaisseur avec des inclusions de roche noire grosses comme le poing voire la tête. En dessous, il se trouve une couche blanche qui est quasiment verticale. Sur le sol de la caverne on trouve à nouveau les pierres noires. Il s'agit donc de fait de la combinaison certainement très rare de roches primitives rouges, noires et blanches. On ne sait pour l'instant pas avec certitude s'il est question d'une structure naturelle ou de ce que l'on désigne par architecture naturelle. Comme il s'agit de calcaire qui s'effrite relativement facilement et que cette structure est directement confrontée au ressac de l'Atlantique, il est possible que toute trace évidente de façonnage ait disparu avec l'érosion (A titre d'exemple: En supposant une érosion de 1mm par an, on obtient une érosion de 1 mètre en un an et de 5 mètres en 5000 ans).

Docks en roche - Ces structures géologiques singulières se composent de plusieurs cavernes dans de la roche primitive rouge, noire et blanche qui sont disposées comme des sortes de garages. Ces cavernes sont aujourd'hui encore exploitées en tant que docks pour les bateaux de pêcheurs.

Satisfaction de contrainte Il y a des docks recouverts en roche rouge, noire et blanche.

Constructions en pierres rouges, noires et blanches

"[...] il y (les pierres) en avait des blanches, des noires et des rouges. [...] Parmi ces constructions les unes étaient d’une seule couleur ; dans les autres, ils entremêlèrent les pierres de manière à faire un tissu varié de couleurs pour le plaisir des yeux, et leur donnèrent ainsi un charme naturel." (Critias 116a, b)

Contrainte régionaleIl doit y avoir des constructions en pierres unies et multicolores (en particulier rouges-noires-blanches).

Il est de fait que l'utilisation de pierres naturelles rouges, noires et blanches comme ornement architectonique est aujourd'hui une pratique courante dans le Souss (tout particulièrement à Agadir) et qu'elle pourrait reposer sur une ancienne tradition. De nos jours, des motifs conçus avec ces pierres colorées, que l'on peut de toute évidence attribuer à la culture amazighe du point de vue du style, peuvent même être commandés dans le catalogue d'une grande surface de bricolage d'Agadir. Une technique de maçonnerie spécifique "aérée" donne l'impression que les motifs sont "tricotés" ou "tissés" à certains endroits. Ceci est particulièrement intéressant, car Platon utilise en effet le verbe ὑφαίνω = tisser dans le texte grec original pour exprimer le fait que les motifs colorés étaient tissés d'une manière ludique (et non pas seulement maçonnés).

Nouvelles et anciennes constructions à Agadir - Les constructions sont bâties avec des pierres naturelles unies ou rouges, noires et blanches provenant de la région du Souss. Cette pratique se retrouve également dans le Haut-Atlas et dans l'Anti-Atlas où l'on utilise toutefois d'autres couleurs de roches selon ce que l'on trouve dans les régions respectives.

Bien sûr l'utilisation de roches colorées pour des constructions contemporaines n'est que la preuve qu'il existe aujourd'hui cette architecture en rouge, noir et blanc comme la décrivait Platon. Au mieux, elle indique que cette pratique repose sur une tradition ancienne. La preuve que les roches naturelles rouges, noires et blanches ont effectivement été utilisées pour des constructions bien plus anciennes (préhistoriques) sera apportée plus loin sous critères locaux.

Satisfaction de contrainte (actuelle) Il y a des constructions avec de la roche naturelle colorée (en particulier rouge-noire-blanche).

Vent du nord

"Cette région (la plaine) était, dans toute la longueur de l’île, exposée au midi et à l’abri des vents du nord." (Critias 118b)

Condition régionale → Il faut qu'il y ait un vent du nord.

Condition régionale → La plaine doit être à l'abri du vent du nord.

Le vent du nord n'est un critère qui n'est que relativement exploitable, car finalement, il est au moins ponctuellement présent partout. En plus d'un changement saisonnier de la direction de vents sinon relativement constants, il se peut que des modifications générales de la situation météorologique aient été enregistrées au fil de centaines ou de milliers d'années. Une région qui est aujourd'hui principalement exposée à des vents du nord ne doit pas nécessairement avoir été soumise aux mêmes conditions de vents il y a de cela 2000 ans. Un changement de climat fondamental avec modification des principales directions des vents peut par exemple se produire dans la phase de transition d'une période glaciaire à une période interglaciaire.

On peut cependant partir du principe que l'anticyclone des Açores, qui détermine en majeure partie la situation météorologique des régions côtières du Maroc, est resté constant ces dernières 11.600 années. L'anticyclone des Açores est une zone de haute pression atmosphérique qui tourne dans le sens des aiguilles d'une montre (force de Coriolis) et se situe principalement au-dessus des Açores. Comme les Açores se situent à l'ouest du Maroc, les limbes de l'anticyclone atteignent la côte atlantique marocaine et sont la cause d'une présence majoritaire de vents du nord. Ce phénomène est bien connu des surfeurs qui tirent partie de ces vents du nord constants.

Le vent du nord mentionné par Platon semble en outre avoir eu des propriétés déplaisantes. Dans un cas contraire, la situation géographique de la plaine, à l'abri de ces vents, n'aurait pas été exprimée comme un atout. Les propriétés défavorables qu'un vent peut avoir sont soit des basses ou hautes températures, soit une force importante, soit le fait qu'il transporte du sable. En l'occurrence, il est certain que l'on rencontre en général un vent du nord froid dans l'hémisphère nord alors qu'il sera chaud dans l'hémisphère sud. A l'époque où les navigateurs ne savaient pas encore louvoyer à contrevent, un vent constant venant d'une seule direction devait être très désavantageux. Les marins antiques qui ne connaissaient que la navigation à voile et qui avaient longé les côtes marocaines en direction du sud se retrouvaient quasiment dans une sorte d'impasse, car ils devaient attendre très longtemps des temps favorables afin de pouvoir revenir en arrière. Dans un récit qu'il fait aux Phéaciens10, Ulysse expose également ce genre de difficultés qu'il aurait lui-même rencontrées.

La côte atlantique marocaine est exposée à un vent du nord relativement froids et constants. En revanche tout le Sud du Maroc est dans une large mesure à l'abri de ce vent grâce au Haut-Atlas.

Ce phénomène de vent du nord constant se laisse facilement observer dans la région du Cap Ghir, au nord-ouest d'Agadir. C'est là que se rencontrent le Haut-Atlas et l'Atlantique qui, dans cette zone, est presque sans cesse fouetté par un fort vent du nord. Si l'on contourne le Cap Ghir en direction du sud-est vers Agadir, ce vent disparait complètement après seulement quelques kilomètres, bloqué par le Haut-Atlas. La plaine du Souss-Massa est donc protégée du vent froid du nord.

Plage au Cap Ghir - Au Cap Ghir le vent du nord souffle presque 356 jours par an. Ce vent constant dépose du sable à l'ombre du vent des plantes (photo prise direction nord).

Par conséquent, ce que rapporte Platon sur la plaine qui se situait au sud des montagnes et à l'abri du vent du nord coïncide également parfaitement avec les données que l'on trouve dans la région.

Anticyclone des Açores - L'anticyclone des Açores tourne dans le sens des aiguilles d'une montre. De ce fait, la côte marocaine est la plupart du temps exposée à un vent vif et froid soufflant du nord.

Protection contre le vent du nord - La plaine du Souss se situe à l'abri du vent du nord grâce au Haut-Atlas.

Satisfaction de contrainte Il y a un vent du nord constant.

Satisfaction de contrainte La plaine est à l'abri du vent du nord.

Gadiros

"Il leur donna des noms à tous. Le plus vieux, le roi, reçut le nom qui servit à désigner l’île entière et la mer qu’on appelle Atlantique, parce que le premier roi du pays à cette époque portait le nom d’Atlas. Le jumeau né après lui, à qui était échue l’extrémité de l’île du côté des colonnes d’Héraclès, jusqu’à la région qu’on appelle aujourd’hui Gadirique en ce pays, se nommait en grec Eumélos et en dialecte indigène Gadire, mot d’où la région a sans doute tiré son nom." (Critias 114b)

Contrainte régionale → Il a dû se trouver une région qui portait le nom de Gadeiros.

Il pourrait exister une parenté linguistique entre le nom Gadeiros mentionné par Platon et le lexème tamazight Agadir. L'étymologie de Agadir remonte au punique/ phénicien avec la racine sémitique g-d-r qui signifie haie, clôture, muraille, obstacle, grille/barrière (Kossmann, TBP), (Vycichl, 1952). 11,12 Ce sont les Puniques, les Phéniciens et les Amazighes qui ont dû donner son nom à la ville actuelle d'Agadir. On ne peut toutefois remonter que jusqu'au Moyen-Âge pour l'étude étymologique du nom de la ville d'Agadir. A l'époque, il y avait un village de pêcheurs qui portait le nom de Agadir el-arba et que les navigateurs portugais ont développé en forteresse (Sainte Croix du Cap Ghir) en 1505. La datation de la cité initiale d'Agadir reste néanmoins assez obscure. Des sources antiques indiquent uniquement qu'il aurait d'abord existé un comptoir de commerce carthaginois Rusadir qui est devenu par la suite un port romain Portus Risadir. Que ce dernier ait été situé exactement au niveau de la ville d'Agadir actuelle est aussi incertain que le nom que les autochtones utilisaient à l'époque pour Rusadir ou Risadir.

Il est évident que le lexème tamazight Agadir peut être mis en relation avec le lexème grec ou plutôt hellénisé Gadeiros utilisé par Platon.

Agadir vs. Gadeiros

Préfixe
Masc. Sg.
Racine Suffixe
Masc. Sg.
Tamazight A G A D I R
Grec G A D EI R OS

L'importance du préfixe A- est explicable par la morphologie nominale du tamazight. Le substantif tamazight différencie le genre masculin du genre féminin. Le substantif masculin singulier commence en général par la voyelle A-, I-, ou U-. A-Gadir pourrait donc être identique au Gadeir-os de Platon et signifier donc simplement Le Gadir.

Au regard de la plaine du Souss-Massa, la traduction que propose Platon pour le nom atlante Gadeir(-os) en grec Εὔμηλος = Eumélos = aux belles et nombreuses brebis, , ainsi que son allusion sur l'existence d'une région Gadeira (par conséquent une région riche en brebis) donne beaucoup de sens. Car aujourd'hui encore, la population rurale ordinaire vit en première ligne de l'élevage de moutons et de chèvres. La signification sémitique de g-d-r = clôture, barrière semble avoir ainsi une double correspondance avec la plaine du Souss qui est une région riche en brebis, clôturée par les hautes chaines de montagnes.

On peut donc retenir qu'il y a une zone du Souss qui correspond à cette dénomination Gadeiros. On ne sait pas avec certitude depuis quand cette qualification a été utilisée pour la région alentour d'Agadir.

Platon ne décrit toutefois pas explicitement que Gadeira se situait dans la plaine centrale d'Atlantide. Il est tout à fait possible qu'elle se soit située un peu plus loin. On peut mentionner ici l'alternative selon laquelle Gadeira a bien sûr pu aussi désigner la ville actuelle de Cádiz au sud de l'Espagne. Nous savons en effet que Cádiz était appelée Gadeira dans l'Antiquité (l'étymologie étant ici également g-d-r).

Satisfaction de contrainte (actuelle)Il existe une région (Agadir ou Cadiz) qui correspond au nom Gadeiros.

Importance culturelle des anneaux concentriques

"Poséidon [...] fortifia la colline [...] en en découpant le pourtour par des enceintes faites alternativement de mer et de terre, les plus grandes enveloppant les plus petites. Il en traça deux de terre et trois de mer et les arrondit en partant du milieu de l’île,[...]" (Critias 113d)

Contrainte régionaleImportance culturelle d'anneaux concentriques

Comme nous le verrons sous les indices locaux, il se trouve effectivement une structure géomorphologique annulaire dans le Souss. Celle-ci est néanmoins composée d'un seul cercle et non de trois comme Platon le décrit. Or un mythe qui raconte qu'un dieu a tracé, comme avec un compas, trois canaux concentriques dans le paysage, pourrait avoir eu des répercussions sur d'autres éléments culturels. Il est intéressant de noter qu'un symbole composé de trois anneaux concentriques a effectivement une connotation religieuse ou magique chez les Amazighs. Le symbole représentant trois anneaux concentriques était déjà utilisé dans l'Antiquité et fait aujourd'hui encore partie de l'ornementation amazighe. Les Amazighs agrémentent portes et portails de leurs fermes de ce motif. C'est avec un compas qu'ils gravent l'ornement de différentes tailles dans le bois. Une fonction magique de protection a probablement été attribuée à cet ornement que l'on grave alors au niveau des portes pour préserver maisons et fermes du mal. On retrouve une utilisation similaire par ex. chez les Celtes qui représentaient des frises d'ornement sur leurs portes et portails pour se protéger des mauvais esprits. Comme Platon le décrit, les canaux concentriques autour du palais royal avaient une réelle fonction protectrice. En plus de son utilisation actuelle sur les portes et portails, il est bien connu que cet ornement à trois anneaux (il existe aussi des variantes avec des carrés concentriques) était représenté sur des boucliers libyco-berbères antiques. Les boucliers décorés de la sorte alliaient ainsi une protection réelle à une protection magique.

Ornementation circulaire - Portails d'anciennes fermes de la plaine du Souss-Massa.

Satisfaction de contrainteLe symbole représentant trois anneaux concentriques revêt une importance culturelle.

Immenses canaux

"Or cette plaine avait été, grâce à la nature et aux travaux d’un grand nombre de rois au cours de longues générations, aménagée comme je vais dire. Elle avait la forme d’un quadrilatère généralement rectiligne et oblong ; ce qui lui manquait en régularité avait été corrigé par un fossé creusé sur son pourtour. En ce qui regarde la profondeur, la largeur et la longueur de ce fossé, il est difficile de croire qu’il ait eu les proportions qu’on lui prête, si l’on considère que c’était un ouvrage fait de main d’homme, ajouté aux autres travaux. Il faut cependant répéter ce que nous avons ouï dire: il avait été creusé à la profondeur d’un plèthre [env. 30 m], sa largeur était partout d’un stade, [selon le système de mesure env. 180-211 m][...]“ (Critias 118c)

Contrainte régionale Il doit y avoir d'immenses canaux.

Richter (2005)iii conclut que les données sur la largeur des canaux semblent être plausibles, mais qu'en revanche, la profondeur d'un plèthre (env. 30m) ne serait pas crédible. Richter argumente avec le fait que la plaine, extrêmement fertile, a du être composée d'alluvions (telle que la région du Delta du Nil) et que par conséquent aucun canal profond n'a pu exister là-bas. De par sa nature, une berge alluviale glisserait fréquemment dans le canal, le comblerait alors et serait elle-même aplanie. Or, cette conclusion est erronée, car il existe une explication géologique tout à fait plausible. Des canaux profonds aux flancs escarpés peuvent se constituer si les cours d'eau découpent une plaine fossile. Ce serait par ex. le cas dans un ancien fond sous-marin composé de sédiments fossilisés (calcaire ou grès) qui aurait été élevé au-dessus du niveau de la mer au cours de l'histoire de la Terre. Cette plaine devrait par conséquent être composée d'une couche plane de sédiments fossilisés qui, avec le temps, aurait été recouverte d'une couche d'alluvions.

Dans la plaine du Souss, on a exactement affaire à un fond sous-marin fossilisé qui est recouvert d'une couche alluviale et qui s'est élevé de 30 mètres au dessus du niveau de la mer. Les cours d'eau existant là-bas révèlent en partie exactement ce que décrit Platon, à savoir, une berge quasiment verticale d'un plèthre (env. 30 m) de haut. L'embouchure de l'Oued Noun affiche une largeur qui correspond exactement à celle de 200 mètres (1 stade) décrite par Platon. C'est tout particulièrement de la perspective d'un périple que les embouchures du Massa, du Noun ou du Drâa donnent l'impression, à cause de leurs berges anormalement hautes et presque à la verticale, d'être d'immenses canaux artificiels qui concordent presque parfaitement avec les dimensions "incroyables" transmises par Platon. Bien évidemment ces canaux ne sont pas le produit d'un travail humain.

Embouchure de l'Oued Noun - L'Oued Noun, tout comme le Massa, le Drâa et encore d'autres Oueds, s'est creusé à une profondeur de 30 m dans la plaine s'amorçant au sud du Haut-Atlas. La plaine du Souss est composée d'un ancien fond sous-marin (calcaire et grès) qui s'est élevé au-dessus du niveau de la mer au fil de l'histoire de la Terre. Les images montrent l'embouchure du Noun qui correspond ici parfaitement aux dimensions données par Platon: 1 stade de largeur et 1 plèthre de profondeur.

Satisfaction de contrainte → Il existe des canaux (naturels) qui correspondent aux dimensions énoncées par Platon.

Résumé - Indices régionaux

Tous les critères régionaux examinés ici concordent aujourd'hui en effet avec la région du Sud du Maroc. On ne peut actuellement pas encore répondre avec certitude à la question de savoir si ces critères correspondraient également tous de la même manière à l'époque pré-Antique. Ce qui doit tout particulièrement être mis en exergue, c'est la concordance avec les critères roche noire, rouge et blanche et architecture noire, rouge et blanche. D'une part cette combinaison de trois couleurs de roche est d'une rareté absolue et d'autre part il est étonnant que d'une manière analogue aux descriptions de Platon, ce soit exactement à ces couleurs que l'on ait eu recours à des fins architectoniques. L'éventuelle parenté linguistique entre Gadeiros et Agadir est assurément un autre indice prépondérant. La formation géologique des docks couverts aménagés dans de la roche noire, rouge et blanche, qu'elle soit d'origine humaine ou non, suffit déjà, rien que par sa singularité à l'échelle mondiale, à démontrer que le récit de Platon sur l'Atlantide renferme un noyau de vérité.

En considérant tous les autres nombreux critères régionaux qui ne sont pas traités ici, il ressort que seuls deux d'entre eux semblent ne pas concorder ou du moins révèlent une concordance qui peut être remise en question. Il s'agit d'une part du canal décrit par Platon dont le tracé était parallèle à la côte et d'autre part des dimensions de la plaine. Le premier critère coïncide aujourd'hui toutefois avec une région au nord du Cap Ghir, où un canal s'étend en effet sur 70 km parallèlement à la côte. Platon parlait-il éventuellement de cette formation géologique naturelle qui se développe souvent au niveau de ce que l'on appelle des côtes régularisées (http://www.larousse.fr/encyclopedie/nom-commun-nom/littoral/66298)? Ou bien une structure similaire aurait-elle éventuellement été rattachée au littoral de la plaine du Souss et aurait-elle été détruite par la catastrophe qui a frappé l'Atlantide ou même par des tremblements de terres, tsunamis et/ou la montée du niveau de la mer qui sont des phénomènes ayant pu se produire ultérieurement? Le critère de la plaine aux dimensions de 3000x2000 stades (~ 600x400 km) semble ne pas être valable non plus. Platon aurait-il pu ajouter ici à son récit des données correspondant en fait à la plaine du nord du Maroc qui est notablement plus grande, devant laquelle passe un canal côtier et qui présente en effet à peu près les dimensions requises? Ou bien a-t-il fait ici un amalgame entre les stades et les plèthres, voulant en fait exprimer les dimensions d'une plaine d'environ 90x60 km² (le Souss a une superficie d'env. 75x35 km²)? Ou bien signifiait-il peut-être la région presque quadrique qui est enclavée par l'Oued Souss et l'Oued Drâa et qui englobe l'Anti-Atlas et la plaine du Souss? Du moins cette interprétation est en harmonie avec la longueur des canaux extérieurs qui, selon Platon, passaient tout autour de la plaine et qui devraient afficher des dimensions de 2x2000+1x3000 stades (environ 1477 km). Le Souss et le Drâa, dont les sources se trouvent à proximité l'une de l'autre, ont effectivement une longueur de plus de 1200 km.

Critères locaux

De manière analogue à l'examen des critères régionaux, ce sont maintenant tous les critères locaux qui devront être évalués pour délimiter la situation géographique de la capitale. C'est dans ce but que deux expéditions ont eu lieu dans cette région en septembre 2008 puis en mai 2010.

Font partie des critères locaux, toutes les indications données par Platon en rapport avec la situation géographique et les attributs de la capitale de l'Atlantide. Ce sont ici surtout les indices suivants qu'il faut prendre en considération:

Localisation de la capitale dans la plaine

"Du côté de la mer, s’étendait, par le milieu de l’île entière, une plaine qui passe pour avoir été la plus belle de toutes les plaines et fertile par excellence. Vers le centre de cette plaine [texte original: "κατὰ δὲ μέσον", littéralement: "sous le milieu de“, "suivant le milieu de“. Il ne doit donc pas s'agir du milieu même mais d'une zone en marge], à une distance d’environ cinquante stades, on voyait une montagne qui était partout de médiocre altitude. Sur cette montagne [siège de la capitale] habitait un de ces hommes qui, à l’origine, étaient, en ce pays, nés de la terre. " (Critias 113c)

Les conditions locales suivantes ressortent directement de ce passage :

Contrainte locale → La capitale doit se situer sur une colline/ une basse montagne.

Contrainte locale → La capitale doit se situer à 50 stades de la mer.

Contrainte locale → La capitale doit être en marge de la plaine.

"Poséidon [...] fortifia la colline [...] en en découpant le pourtour par des enceintes faites alternativement de mer et de terre, les plus grandes enveloppant les plus petites. Il en traça deux de terre et trois de mer et les arrondit en partant du milieu de l’île,[...]" (Critias 113d)

Contrainte locale → La capitale (l'acropole) doit se trouver à l'intérieur d'une structure annulaire.

Contrainte locale → Il doit y avoir des anneaux alternés d'eau et de terre.

En traçant sur une carte une ligne qui représente la distance de 50 stades de la mer13 puis la marge de la plaine, on obtient deux points d'intersection. Presque exactement au niveau du point d'intersection septentrional, il existe une structure géomorphologique annulaire qui se trouve sur un bas contrefort du Haut-Atlas qui aborde la plaine à cet endroit là.

Position de la structure annulaire dans la plaine - La structure annulaire (flèche) s'inscrit presque exactement sur le point d'intersection "en marge de la plaine" (trait large et blanc) et "50 stades vers l'intérieur des terres" (ligne fine et blanche).

Structure annulaire - La structure annulaire est constituée d'une colline centrale au sommet aplani qui est elle-même encerclée par des collines. Entre ce cercle de collines et la colline centrale se trouve une vallée annulaire d'env. 100 mètres de profondeur et de 500-1000 mètres de largeur.

Contrainte locale satisfaite → Il existe une structure annulaire qui se situe en marge de la plaine sur une basse hauteur à une distance d'env. 50 stades égyptiens de la mer.

Contrainte locale non satisfaite → Il n'y a pas d'anneaux alternés d'eau et de terre.

Vestiges d'une civilisation dans et autour de la structure annulaire

"Ils mirent des tours et des portes sur les ponts et à tous les endroits où passait la mer.[...]" (Critias 116a)

"Ils revêtirent d’un mur de pierre le pourtour de cette île [...]" (Critias 116b)

"Le palais royal, à l’intérieur de l’acropole [...]“ (Critias 116c)

"Au centre même de l’acropole il y avait un temple consacré à Clito et à Poséidon [...]" (Critias 116c)

"Là, on avait aménagé de nombreux temples dédiés à de nombreuses divinités [...]" (Critias 117c)

"[...] Ils installaient tout autour des bassins, les uns à ciel ouvert, les autres couverts, destinés aux bains chauds en hiver." (Critias 117b)

Et beaucoup d'autres passages tirés du Timée et du Critias.

Un des critères locaux les plus importants est assurément la preuve archéologique de l'existence de constructions préhistoriques. Platon décrit une multitude de constructions différentes dans et autour de la structure annulaire. Il y a aurait eu là-bas des murailles ou des fortifications, des temples, des bassins, des citernes, des jardins, des ports, des ponts, des constructions simples. etc. Il devrait au moins encore rester des ruines de beaucoup de ces constructions.

Contrainte localeIl doit y avoir d'importants vestiges d'une civilisation préhistorique.

L'ensemble du site est recouvert d'une quantité presque innombrable de ruines préhistoriques de différents types. Cet ensemble a les dimensions d'une ville et se répartit sur une région de plus de 20 km². Une partie de ces ruines est regroupée (surtout dans le centre) et d'autres sont isolées dans certains endroits du site et au niveau du cercle de fortification qui l'entoure. Sur la colline centrale de la structure annulaire, on trouve un emplacement qui est entouré d'un mur d'enceinte d'env. 800 m de long sur jusqu'à deux mètres de haut à certains endroits. Il s'agit donc ici probablement d'une sorte de citadelle. Les ruines rappellent en partie des maisons, des temples, des lieux de culte (comme par ex. un cromlech avec menhirs disposé autour de ce qui est probablement une source asséchée; une zone avec des pierres de sacrifice), des citernes, des bassins, des chemins consolidés, etc. Le long de la vallée annulaire qui encercle la colline centrale, il reste des vestiges d'une fortification qui formait jadis probablement un cercle autour de la colline. Il a pu s'agir d'une fortification intérieure à propos de laquelle Platon écrit qu'elle était recouverte d'orichalque. Étonnamment, des fragments d'un enduit de calcaire rougeâtre scintillant de mica ont été retrouvés ici. Ce matériau scintille de rouge au soleil, exactement comme l'orichalque, sur lequel Platon écrit qu'il était aux reflets de feux et qu'on le revêtait en guise d'enduit. Toutefois, Platon dit lui-même déjà qu'il ne sait pas de quel matériau il s'agissait.

L'existence d'une quantité de céramiques et d'outils en pierre, qui pour la plupart ont été découverts à l'intérieur des ruines, témoigne en faveur de l'hypothèse selon laquelle tout l'ensemble était peuplé au moins depuis le mésolithique. Il serait ici trop long de décrire toutes les ruines en détails. Une étude archéologique poussée de chaque objet serait également nécessaire pour établir une comparaison précise avec ce qui est exposé par Platon. La description de quelques-unes de ces constructions peut être consultée dans la documentation suivante qui propose un aperçu des ruines découvertes jusqu'à ce jour: Nouveaux indices de la présence d'un grand site préhistorique situé dans une structure géomorphologique annulaire dans le Sud-Ouest du Maroc (Huebner & Huebner, 2010) iv.


Aperçu de la structure annulaire - Il y a un très grand nombre de ruines préhistoriques sur la colline centrale ainsi que sur la ceinture de collines qui l'entoure. L'ensemble du site a les proportions d'une ville.


Ruine - Mur d'une ruine composé de trois rangées de pierres parallèles; épaisseur du mur de l'époque: env. 2,6 mètres.

Divers - (3) chemins parallèles/Cursus; (4) hache de pierre trouvée dans la zone centrale; (5) menhir fracturé (3m) qui faisait partie d'un cromlech autour d'une vraisemblable source asséchée; (6) pierre de sacrifice; (7) fragment d'une poterie en argile avec des lignes ondulées (datée jusqu'à 8000 BCE) contenant des outils en silex (cf. Image. 9); (8) camion d'une entreprise exploitant des carrières; (9) outils en silex trouvés dans la poterie; (10) microlithes trouvées dans un Køkkenmøddinger; (11) empreinte de pied-pétroglyphe

Satisfaction de contrainteIl y a d'importants vestiges d'une civilisation préhistorique.

Une source d'eau chaude et une source d'eau froide sur la colline

Puis Poséidon donna sa parure au milieu de l'île... Il fit jaillir de dessous la terre deux sources, l'une d'eau chaude et l'autre d'eau froide [...]“ (Critias 113e)

"[...] Ils installaient tout autour des bassins, les uns à ciel ouvert, les autres couverts, destinés aux bains chauds en hiver." (Critias 117b)

Contrainte localeIl a dû exister des sources (d'eau chaude et d'eau froide) sur l'acropole.

La construction A (cf. image) est un grand complexe circulaire en pierres. Il se trouve ici un bon nombre de citernes et de cavités ressemblant à des bassins (éventuellement les bassins décrits par Platon?). En marge de ce complexe, il y a un plus petit complexe circulaire en pierres qui était probablement disposé autour d'une source (aujourd'hui asséchée mais le sol est encore légèrement humide) et qui comprend un menhir fracturé. Ce lieu qui se situe presque au niveau du point culminant de la colline centrale était probablement le point de sortie de l'eau d'un piège anticlinal (c'est à dire de l'eau qui, de part sa densité relativement faible, apparait à la surface au niveau de l'ensellement de failles/de plis géologiques.). Ce complexe se situe un peu au-dessus du complexe triangulaire B (cf. image) qui devait lui même être une citadelle fortifiée (épaisseur des murs > 2 m). Le complexe B a éventuellement pu être approvisionné en eau par la source située en amont. Les nombreuses pierres présentant plusieurs centimètres d'épaisseur de travertin 14 pourraient indiquer qu'il y a également eu des sources d'eau chaude dans cette zone. Comme la structure complète se trouve dans la zone de l'accident sud-atlasique (subduction continentale), les conditions géologiques nécessaires à l'existence d'une activité volcanique et par là même de sources d'eau chaude sont posées.


Petit aperçu de la zone centrale. - Complexe circulaire en pierres A (Sources) et complexe triangulaire B (citadelle) Image: Google

Constructions en roche colorée

"[...] il y (les pierres) en avait des blanches, des noires et des rouges. [...] Parmi ces constructions les unes étaient d’une seule couleur ; dans les autres, ils entremêlèrent les pierres de manière à faire un tissu varié de couleurs pour le plaisir des yeux, et leur donnèrent ainsi un charme naturel." (Critias 116b)

Platon mentionne l'extraction de pierres rouges, noires et blanches qui servaient aux constructions. Il doit donc exister des ruines de constructions préhistoriques avec cette roche colorée.

Contrainte localeIl doit y avoir des ruines préhistoriques en pierres rouges, noires et blanches.

A l'intérieur de la structure annulaire se trouvent effectivement de nombreuses ruines de constructions pour lesquelles des pierres rouges, noires et blanches ont été utilisées. La couleur de ces pierres ne peut pas être discernée du premier coup d'œil, car toutes les pierres ont blanchi et/ou sont recouvertes de lichens. Les couleurs sont clairement identifiables quand les pierres sont humidifiées ou brisées.

Pierres brisées d'une ruine - Les couleurs sont clairement le rouge, le noir et le blanc. La répartition des couleurs en pourcentage varie d'une ruine à l'autre.

Ruines en pierres rouges, noires et blanches - Toutes les pierres sont fortement érodées ou recouvertes de lichens. Les plus grosses pierres de ces ruines sont rouges. Les plus petites pierres, avec lesquelles les espaces étaient comblées, sont aussi bien rouges, que noires ou blanches. Pour mieux les différencier, les pierres ont été humidifiées et rassemblées par couleur au pied du trépied.

Satisfaction de contrainte Il y a de nombreuses ruines préhistoriques en pierres rouges, noires et blanches à l'intérieur de la structure annulaire.

Résumé - Critères locaux

Beaucoup de critères, mais pas tous, concordent avec la structure géomorphologique annulaire. La corrélation est remarquable entre les vestiges préhistoriques découverts in situ et les données de Platon sur la situation géographique de la capitale à l'intérieur de la plaine ainsi que sur sa forme annulaire. Le critère qui a certainement ici le plus de poids est la preuve archéologique qu'apporte un grand nombre d'objets et de ruines préhistoriques qui sont construits dans de la roche rouge, noire et blanche, ainsi que le décrit Platon. Il se confirme en outre que les descriptions platoniciennes sur les sources d'eau chaude et froide ainsi que sur leur utilité résisteraient à une confrontation avec les éléments découverts sur place. Toutefois, afin d'établir une comparaison précise avec les données transmises par Platon, une étude archéologique d'envergure reste incontournable.

Concernant les critères locaux qui ne semblent pas coïncider d'office avec le site archéologique, en particulier la mention des trois anneaux d'eau concentriques, il serait également opportun d’effectuer des études archéologiques, ethnologiques et linguistiques intensives de cette zone culturelle relatives à la description platonicienne de l'Atlantide. Il se pourrait bien que l'on trouve ainsi des réponses à des questions qui restent encore ouvertes.

Hypothèses

Il résulte de la méthode heuristique Hierarchical Constraint Satisfaction qui a été appliquée au récit de Platon sur l'Atlantide les deux hypothèses principales suivantes:

  • La plaine du Souss constituait l'aire centrale de l'Île d'Atlas platonicienne
  • La structure géomorphologique annulaire était la capitale de l'Île d'Atlas
Résumé - Hierarchical Constraint Satisfaction

L'application de la méthode heuristique Hierarchical Constraint Satisfaction au récit de Platon sur l'Atlantide nous conduit à une importante structure annulaire qui révèle de nombreuses ruines préhistoriques et dont la situation géographique, la forme et les dimensions correspondent aux données de Platon. Presque tous les critères importants de l'Atlantide coïncident avec cette plaine ainsi qu'avec la structure annulaire. La plaine du Souss se situe au Maroc actuel, au bord de l'océan Atlantique. L'ensemble du Maghreb, et donc aussi la plaine du Souss, sont aujourd'hui encore désignés comme Île de l'Occident (Djesirat el Maghreb) à cause de leur situation isolée. A l'intérieur de l'Île de l'Occident , la plaine du Souss est elle-même encore isolée par des massifs montagneux considérablement hauts et elle était à l'époque particulièrement difficile d'accès pour tout voyageur arrivant de l'est. La population indigène, les Amazighs, occupe cette région depuis au moins 5000 ans.

La base de connaissances acquises énoncée ci-dessus, laisse supposer que l'énigme de l'Atlantide pourrait reposer sur des faits et être donc un mythe renfermant un noyau de λόγος (Papamarinopoulos, 2007) vi. La plaine centrale de l'Île d'Atlas est, selon toute vraisemblance, le Souss qui se situe au-delà des colonnes d'Héraklès et est délimité par l'Atlantique (grec: Atlantis thalassa = Mer d'Atlas), le Haut-Atlas et l'Anti-Atlas.

La dénomination utilisée par Platon d'Atlantis Nesos = Île d'Atlas s'accorde encore de nos jours parfaitement avec le Souss. Le Souss est en effet une région isolée, c'est à dire une île au sens figuré, qui est délimitée au nord, à l'est, au sud et à l'ouest par "Atlas" (montagne et océan).

L'Île d'Atlas - L'Île d'Atlas se situe entre le Haut-Atlas, l'Anti-Atlas et la mer d'Atlas.

Autres sources
Diodore de Sicile

Platon dit que la civilisation atlante est plus ancienne que les civilisations grecques et égyptiennes. Si c'était le cas, elle devrait avoir influencé les cultures de l'Est du bassin méditerranéen. Cette hypothèse est également étayée par l'historiographe antique grec Diodore de Sicile (1 siècle BCE = 1er siècle av. J.-C.), qui a écrit un récit similaire mais démystifié sur les Atlantes et sur les amazones de Libye. Quelles sources Diodore de Sicile a utilisé à ce sujet reste cependant incertain. Son style de narration évhémériste et la mention de faits supplémentaires permet d'en conclure que son récit n'a pas été échafaudé sur celui de Platon mais qu'il a dû puiser dans d'autres sources (même si le récit de Platon est peut être aussi fondé sur ces mêmes sources). Diodore de Sicile écrit, entre autres, que les dieux des mythologies grecque et égyptienne sont en fait à la base des personnes réelles originaires de cette culture ouest-atlantique. D'une manière plus détaillée que Platon, il décrit également la conquête des Atlantes et des amazones de Libye, qui, en passant par la Libye et l'Égypte avaient pénétré jusqu'en Asie Mineure (la région de l'actuelle Turquie). Platon dit seulement que le royaume des Atlantes était plus grand que la Libye et l'Asie Mineure réunies. Diodore dit aussi qu'ils ont fondé en Asie Mineure des villes portant le nom de Myrina, la reine des amazones. Il y a effectivement plusieurs villes antiques de l'est du bassin méditerranéen qui portent ce nom, telles que la ville grecque Myrina sur la côte ouest de la Turquie ou encore Myrina, la capitale de l'île Limnos.

Si l'on analyse le récit de Diodore de Sicile avec la méthode Hierarchical Constraint Satisfaction, cela nous conduit de manière étonnante également précisément à la plaine du Souss, dans le Sud du Maroc actuel. Car Diodore donne des indications très explicites sur la situation géographique du 'marais" de Tritonis peuplé par les Atlantoi, qui se serait trouvé à l'ouest, au bord de l'océan qui entoure le monde (l'Atlantique), près des montagnes de l'Atlas et près de l'Éthiopie 15. Les coordonnées sans équivoque "au bord de l'Atlantique", "dans les environs immédiats de l'Atlas" et "entre l'Atlas et l'Éthiopie", qu'utilise Diodore n'autorisent qu'une seule conclusion: le marais de Tritonis devait se situer dans le Souss voire il est assimilé au Souss. Il s'agit donc exactement de la même région que celle qu'indique le résultat de l'examen du dialogue de Platon au moyen de la méthode HCS. C'est ce qu'en avait déjà déduit Berlioux en 1883 du récit de Diodore. Berlioux a toutefois localisé à tord la plaine centrale de l'Atlantide de Platon dans le Maroc du Nord et c'est probablement pour cela qu'il n'était pas en mesure de localiser la capitale atlante pour étayer son hypothèse avec des preuves archéologiques.

Maxime de Tyr

En plus des sources qui se rapportent directement ou indirectement à l'Atlantide, telles que les textes d'Hérodote ou de Diodore de Sicile, il sera fait ici mention d'une source plutôt inconnue qui fait directement référence à la région du Souss étudiée plus haut et qui illustre comment les Grecs la percevait dans l'Antiquité.

Maxime de Tyr était un rhéteur et philosophe de la Grèce antique qui vivait à la fin du 2ème siècle. Dans ses Disertationes, il compare les mœurs, les coutumes et les religions de différents peuples. Il écrivit en l'occurrence également un bref traité sur les Hespérides:

"Les Libyens occidentaux habitent une langue de terre étroite et longue que la mer cerne des deux côtés. A l'extrémité de cette langue de terre, la mer qui la baigne fait du fracas par le tourbillonnement et l'impétuosité de ses vagues. L'Atlas est le Dieu de ce peuple. Il est lui-même sa représentation. Or l'Atlas est une montagne creuse, d'une médiocre hauteur, et dont l'ouverture s'offre du côté de la mer, comme l'ouverture d'un théâtre s'offre vis-à-vis de l'atmosphère. Dans le milieu de la montagne est un court boyau d'une terre féconde, et couvert de beaux arbres. Ces arbres portent du fruit. En regardant du sommet de la montagne on voit comme dans le fond d'un puits. D'ailleurs, il n'est pas possible d'y descendre à cause de la raideur de la pente, et d'un autre côté cela n'est pas permis. Ce qu'il y a là de plus merveilleux, c'est que quand le flux de l'Océan gagne le rivage, les ondes se répandent à droite et à gauche au travers des terres, tandis qu'en face de l'Atlas elles s'amoncellent; et l'on voit les flots s'entasser les uns sur les autres comme une muraille, sans se diriger vers la cavité de la montagne, et sans toucher à la terre ferme, entre laquelle et les flots sont un air extrêmement dense, et des bois enfoncés. Tel est le temple, tel est le Dieu des Libyens." (Maxime de Tyr, Disertationes, viii. 57)

Maxime de Tyr écrit ici que l'Atlas s'ouvre comme un théâtre sur l'océan. Le seul endroit qui puisse correspondre doit donc se situer là où l'Atlas rencontre l'océan (l'Atlantique) et "s'ouvre", c'est à dire au Souss donc. Le Souss, entouré par les chaines de montagnes, a en effet une forme tout à fait comparable à celle d'un amphithéâtre s'ouvrant sur l'Atlantique. Ce qui est intéressant ici, c'est la description de "l'Atlas creu" qui doit vraisemblablement se rapporter aux vallées du Souss et du Dade qui s'étalent au travers de tout le massif de l'Atlas et forment la séparation en Haut-Atlas et Anti-Atlas. Il décrit de surcroît que cette vallée fertile est très isolée, car il est impossible de descendre ses flancs escarpés et que ceci est de toute façon illégal, car la région est sacrée pour les Hespérides de Libye. Il faut prêter une attention particulière au passage du récit où Maxime de Tyr écrit que l'océan s'élève comme une muraille et ne fait pas qu'inonder la côte mais couronne aussi l'Atlas de ses vagues. Il est tout à fait évident que Maxime de Tyr fait ici allusion aux tsunamis.

La probabilité que des tsunamis se développent dans cette région est très haute (aujourd'hui encore). D'une part, il est avéré que les îles Canaries, qui se trouvent juste en face de la côte, peuvent subir (et ont déjà subi) des glissements de terrain qui peuvent à leur tour entrainer la formation de (mega-) tsunamis. De tels tsunamis pourraient même avoir des répercussions destructrices jusque sur les côtes américaines (Ward & Day)vii. D'autre part, la région du Souss est évidemment une zone tectoniquement active qui produit de temps à autre des tremblements de terre (p. ex. le séisme de 1960 qui a tué à Agadir plus de 15000 personnes). Ce sont enfin également des éboulements de versants sous-marins qui se détachent du plateau continental africain qui peuvent être la cause de tsunamis. En 2010, des chercheurs allemands de l'Institut Leibniz des Sciences de la Mer (Université de Kiel) ont récolté des preuves sur l'existence d'un gigantesque glissement de versant sous-marin un peu au sud de Laâyoune qui se serait produit il y a env. 2000 -3000 ans et dont ils supposent qu'il a dû provoquer un violent tsunami (IFM-GEOMAR, 2010) viii. Cela étant, il faudra encore poursuivre les recherches pour savoir si ce glissement là a causé la catastrophe qui a frappé l'Atlantide, ou si des évènements similaires se produisaient fréquemment.

Mythologie grecque - Les pommes d'or du jardin des Hespérides

La onzième épreuve d'Héraclès où il dérobe au roi Atlas les pommes d'or du jardin des Hespérides16 et les ramène en Grèce, pourrait dans le fond se rapporter à une histoire vraie. L'arganier (Argania spinosa), un arbre endémique du Sud-Ouest du Maroc, pourrait être mis en cause pour une telle prouesse. C'est du noyau du fruit (de l'amande) de l'arganier qu'est extraite l'excellente huile d'argan qui compte aujourd'hui parmi les huiles alimentaires les meilleures et les plus chères du marché et qui est également utilisée dans les cosmétiques (huile de soin). Il est possible que l'on ait déjà connu ses propriétés bienfaisantes dans l'Antiquité. C'est ce que semblent démontrer des sources de l'Égypte ancienne qui font état d'une relation de guerre et de commerce entre les peuples de Libye et d'Égypte. Il existait une marchandise très prisée que les Égyptiens achetaient de l'Ouest, une huile qui aurait été il y a de cela 5000 ans un produit d'exception extrêmement précieux (Kaplony 1964) ix. Étant donné le caractère exceptionnel de cette huile, il n'a vraisemblablement pas pu s'agir d'une huile d'olive ordinaire mais justement de cette huile d'argan si rare et précieuse. Comme les pommes d'or du jardin des Hespérides trouvent un écho dans plusieurs sources et mythes grecs, il peut être supposé que cette huile a également été achetée par les Grecs (à des commerçants intermédiaires originaires d'Égypte ou de Libye ou bien directement auprès des peuples de l'Atlas).

Pour autant que ce produit ait en effet déjà été exporté dans l'Antiquité vers la Grèce lointaine et ait ainsi été un produit prisé et onéreux, essayer de cultiver cette plante en Grèce a du devenir une évidence. L'histoire du roi Eurysthée qui a sommé Héraclès d'aller dérober ces pommes d'or et de les ramener en Grèce pourrait donc bel et bien revêtir un fond de vérité.

L'aspect des fruits de l'arganier (affiaches) fait effectivement penser à des pommes sauvages dorées, en particulier si l'on tient compte du fait que les pommes de l'Antiquité n'avaient pas nécessairement la taille de celles que l'on cultive de nos jours mais plutôt la taille de prunes ou de noix. Même l'odeur des affiaches mûres rappelle l'arôme des pommes.

Si ce sont les fruits de l'arganier qui étaient désignés par les pommes d'or, le jardin des Hespérides devrait être clairement assimilé à la plaine du Souss-Massa puisque l'arganier, exception faite d'une petite région au nord de l'Atlas, n'est endémique que du Sud-Ouest du Maroc.

Pommes d'or du jardin des Hespérides? - Une huile alimentaire de premier choix est extraite des noyaux de l'arganier qui est endémique du Sud-Ouest du Maroc. Cette huile a dû être marchandée à des prix forts déjà dans l'Antiquité et être également utilisée à des fins cosmétiques. Contrairement à l'huile d'olive verdâtre, l'huile d'argan est jaune doré et les fruits de l'arganier brillent comme des citrons dorés lorsqu'ils sont mûrs.

Aire de répartition de l'arganier - Aujourd'hui l'arganier (Argania spinosa) n'est endémique que de ces régions du Maroc. Source: L. Emberger, 1938

Destruction du site

Malheureusement, le site préhistorique de la structure annulaire fait l'objet d'une destruction massive orchestrée par les activités d'excavation de l'industrie locale (moulins à poudre). Quotidiennement, ce sont plusieurs camions qui repartent du site chargés de pierres, en particulier de pierres colorées provenant des ruines, pour ensuite les faire broyer en poudre, laquelle sera brûlée pour devenir alors de la peinture murale. Les couleurs résultant de ce traitement sont bien entendu le noir, le rouge et le blanc. L'intégralité du site archéologique sert sans doute de carrière depuis des décennies. Plus d'informations à propos de cette destruction sont disponibles sous (Huebner & Huebner, 2009) . Il faut mettre un terme à cette destruction le plus rapidement possible et par tous les moyens mis à notre disposition. Des institutions marocaines et allemandes ont été informées en 2008 mais malheureusement, jusqu'en mai 2010 il n'y a eu aucun signe d'amélioration de la situation. Contrairement à cela, nous avons même constaté que le nombre de camions mis en service avait augmenté.

L'arrêt immédiat de cette destruction massive ainsi qu'une prospection archéologique initiale de l'ensemble sont d'une nécessité absolue. Des archéologues marocains, à qui nous avons montré en mai 2010 une partie du site, se sont prononcés pour établir une coopération inter-universitaire entre le Maroc et l'Allemagne ou le Maroc et l'International. Les institutions intéressées par un travail de recherche peuvent volontiers s'adresser à nous pour obtenir des contacts.

Cet ensemble antique vaut la peine d'être inscrit sur la Liste du patrimoine de l'humanité en danger de l'Unesco (aux termes de l'article 11 (4) de la convention) x.

Conclusion

Les explications suivantes pourraient dissiper la discorde engendrée par les trois critères englouti, île et dimension continentale qui est mentionnée au début du présent travail: Le Souss, dans lequel se situait la cité royale, était la plaine centrale d'un vaste royaume qui s'étendait probablement sur tout le Maghreb et la région de l'Atlas. Une grande partie des structures sociales centrales s'est effondrée suite à des séismes ou des tsunamis qui se sont très certainement produits dans la région du Souss. Ceci aurait mené l'intégralité du système étatique de l'Atlantide à son déclin. Selon Platon, les Atlantes se trouvaient en guerre contre Athènes à l'époque de la catastrophe, ce qui a pu également contribuer à leur "déclin". Le Souss, l'Île d'Atlas, n'a évidemment pas la grandeur d'un continent. Il n'est pas une île en mer, mais fait partie du continent africain et de l'état atlante qui, selon Platon, s'étendait jusqu'aux portes de l'Europe et de l'Asie et a donc dû être d'une grandeur conséquente. Ceci pourrait sûrement être une solution plausible aux trois critères problématiques englouti, île et dimension continentale.

Dans une édition datant de 1980 de la publication scientifique Almogaren IX-X/1978-79 de l'Institutum Canarium, Hans Biedermann a rédigé une recension sur le livre "Leonardo Torriani, Les Îles Canaries et leur population indigène, un codex enluminé datant de 1590", publié par le spécialiste autrichien de l'histoire des Canaries: Dominik Josef Wölfel. Il cite:

"Il est intéressant de noter que Wölfel aborde dans son appendice du récit de Torriani la culture occidentale qu’il a souvent mentionnée sans jamais réellement en donner une image concrète; cette civilisation avancée encore méconnue récemment qui avait un modeste greffon dans les Îles Canaries, qui est palpable partout en Afrique du Nord et de l’Ouest de par ses effets périphériques, qui est entrée comme élément de taille dans les plus anciennes cultures égyptiennes et crétoises et dont le tissage interne doit être étoffé avec l’ancienne Europe de l’Ouest; nous ne serons en mesure de reconnaitre son caractère que lorsqu’au lieu d’avoir affaire à un modeste greffon, nous serons confrontés à l’un de ses points centraux. Mais en attendant elle est une réalité de la même nature que l’était la culture crétoise après les fouilles d’Heinrich Schliemann mais avant les fouilles de Crète, quand cette dernière était elle aussi d’abord rapprochée à d’autres civilisations avancées plutôt qu’à son essence même." xi

L'un de ces centres, pour ne pas dire-le centre-, qui a été postulé par Dominik Josef Wölfel (que l'on nomme le Pape de la recherche sur les Îles Canaries), a dû se situer dans la structure géomorphologique annulaire de la plaine du Souss. Il est indéniable que le Souss, en particulier à l'époque du Sahara vert, possédait une foison de ces qualités qui sont requises pour le développement d'une civilisation avancée, de manière analogue au Delta du Nil pour l'Égypte ou au "pays entre deux fleuves" pour la Mésopotamie. Le Souss était selon toute vraisemblance l'incubateur d'une civilisation occidentale avancée dont Wölfel a repéré les traces dans les premières civilisations crétoises et égyptiennes et qui a dû se manifester dans les récits et les mythes grecs en tant qu'Île d'Atlas ou jardin des Hespérides.

Le Souss ne nous a toutefois laissé aucune construction de pierres monumentale telle que les pyramides, car c'est ici probablement avec de l'argile et non des pierres que l'on préférait construire. Il est certain que de telles constructions en argile se dégradent (et peuvent aussi notamment être facilement détruites par un séisme) en un court laps de temps si elles ne sont pas entretenues et il ne reste alors que leurs fondations en pierre. Cela étant, elles pouvaient tout à fait être aussi imposantes que les casbahs actuelles qui sont sûrement similaires au niveau de la construction.

Casbah au Maroc du Sud - Les constructions filigranes en argile des casbahs se dégradent en l'espace de quelques années si elles ne sont pas entretenues.

Selon toute vraisemblance, l'Atlantide a vraiment existé et doit donc aussi avoir laissé des traces dans les mythes d'autres civilisations. Rien que chez les Grecs, il existe de nombreuses autres indications sur des civilisations qui n'ont pas encore été clairement identifiées et localisées. Elles ont déjà été souvent assimilées à l'Atlantide de Platon et pourraient donc également être en rapport avec le Souss. C'est le cas de Tartessos par ex., une civilisation dont on a retrouvé les traces au sud de l'Espagne et qui possédait une écriture similaire au tifinagh berbère. Tartessos était en outre gouvernée par un roi, Arganthonios, dont le nom pourrait bien être étymologiquement apparenté à Argan. Scheria, l'île des Phéaciens, a également souvent été identifiée avec l'Atlantide et même avec le pays légendaire Hyperborea (pays au-delà du vent du nord) qui se situait à l'extrême marge de l'Ouest du monde. Ce dernier a déjà été recherché dans l'Antiquité mais jamais trouvé, car on le supposait être au nord. Mais ce pays aurait aussi bien pu se trouver complètement à l'opposé, c'est à dire dans le Sud, dans un pays qui était à l'abri des "vents du nord" en analogie avec la signification de Hyperborea et en analogie avec la situation de la plaine du Souss par rapport à la description que donne Platon sur la plaine centrale. Et pourquoi, selon la Bibliothèque d'Appolodore, le jardin des Hespérides et Atlas le porteur de la voûte céleste se seraient-ils trouvés à Hyperborea? Pourquoi attribue-t-on aux Hyperboréens une relation particulièrement étroite avec Apollon -le dieu de la lumière et du printemps- et son culte? Ce n'est certainement pas parce qu'ils étaient originaires du Nord. Et pourquoi, selon un élément de récit qui trouve également son écho dans le Timée de Platon, Phaéton, le fils du dieu du soleil Hélios, est précisément tombé dans l'Éridan?

Il serait vraiment souhaitable que l'attention des scientifiques se concentre enfin davantage sur cette zone de civilisation archaïque avant que toute trace ne soit détruite à jamais. Il n'y a qu'ainsi qu'il peut être garanti d'obtenir une image globale qui puisse nous éclairer sur les relations et les influences existantes entre ces civilisations et l'Égypte prédynastique, la Crête, Malte, la Grèce et l'Europe de l'Ouest. Ne possède de culture, qu'un pays qui la préserve.

Notes

1 [...] τοι̂ς θ' ὑπὲρ  ̔Ηρακλείας στήλας ἔξω κατοικου̂σιν [...] (Critias 108e)

2 [...] ἔξωθεν ὁρμηθει̂σαν ἐκτου̂  ̓Ατλαντικου̂ πελάγους […] (Timée 24e)

3 Platon écrit que l'île était plus grande que la Libye (c.à.d. l'Afrique du Nord) et l'Asie Mineure (à peu près la Turquie actuelle) réunies.

4 νῆσος dans Henry George Liddell. Robert Scott. A Greek-English Lexicon: nesos

5 Ainsi, le terme utilisé pour "alluvion" par ex. contient l'item lexical nesos (gr. νῆσοι ποταμοφόρητοι, littéralement: l'île qui a été emportée par un fleuve)

6 Puisque la rencontre entre le prêtre égyptien et Solon a du avoir lieu à l'époque de Solon (* env. 640, † probablement vers 560 BCE), c'est à dire donc vers 600 BCE et que Platon écrit que l'Atlantide n'existait déjà plus 9000 ans avant Solon, on peut calculer une ancienneté maximum de l'Atlantide d'env.: 2000 + 600 + 9000 = 11600 années

7 Comme Platon dit que la capitale se situait à 50 stades de la mer, c'est à dire donc à 10,55 km (en se fondant sur les stades égyptiens de 211 m), une bande côtière de 100 km devrait être plus que suffisante.

8 Il doit être question d'une région au sud du Haut-Atlas, puisque Platon dit que la plaine centrale se situait au sud des montagnes, protégée du vent du nord.

9 Autolala ou Autololes signifie à peu près celui/celle qui parle/balbutie tout seul et est donc une expression grecque qui qualifie ceux qui parlent dans une langue étrangère. Le terme Barbar/Berber, également d'origine grecque, est ici tout à fait analogue et fait allusion au fait que l'on ne comprend de son interlocuteur qu'une sorte de babillage "barbarbar".

10 Dans la mythologie grecque, les Phéaciens sont un peuple de marins. Le nom vient de Phaïax, le fils de Poséidon et de la nymphe Kerkyra. Les Phéaciens, qui sont décrits par Homère comme étant hospitaliers, menaient une vie bienheureuse et sans soucis, car l'île sur laquelle ils vivaient, Scheria, aurait été très fertile. Ulysse sollicita l'aide des Phéaciens, car ils étaient des constructeurs de bateaux et des marins talentueux qui naviguaient en mer comme s'ils avaient des ailes. L'île de Scheria est à notre époque aussi mal localisée que l'Île d'Atlas de Platon. Il est possible que ces dernières soient identiques.

11 Comme g-d-r signifie manifestement "région isolée, délimitée" au sens figuré, cette qualification convient également pour une île au sens propre ou une île dans l'acception des géographes arabes.

12 Le sémitique, tout comme le berbère, est une langue afro-asiatique. Il est possible d'y voir une alternative selon laquelle Agadir et le g-d-r sémitique remonteraient au même lexème de la langue primitive afro-asiatique et ne seraient pas nécessairement (re)venu dans cette région via sémitique->phénicien->punique. La localisation du pays ancestral des proto-Afro-asiatiques et donc des Sémitiques et des Berbères est controversée, mais puisque la majorité des langues afro-asiatiques est établie en Afrique, il appert une origine africaine. Ce sont en particulier la zone saharienne et l'actuelle région d'établissement des Touaregs berbères qui sont privilégiées.

13 Sur la base de stades égyptiens (env. 211 m). 50 stades égyptiens = 10,55 km.

14 Précipité de calcaire qui se forme en particulier dans une eau de température chaude.

15 Ptolémée positionnait encore l'Éthiopie antique au sud du Haut-Atlas sur la côte ouest-africaine. Il faut bien noter que cette Éthiopie antique n'a aucun rapport avec l'Éthiopie actuelle. Étymologiquement, elle signifie seulement Le pays des bronzés ("des faces brûlées").

16 Le nom de cette créature mythologique est dérivé du lexème grec ἡ ἑσπέρα hespera pour "soir", "Ouest". Ce terme a à son tour une racine étymologique commune avec le vesper latin correspondant à soirée, étoile du berger et Ouest dans les langues germaniques.

Références

i Kontaratos, A.N., Criteria for the Search of Atlantis. (Extended List). Heliotopos Publications. Proceedings of the International Conference on "The Atlantis Hypothesis: Searching for a Lost Land", 11-13 July 2005, Milos island, Greece, pp. 573, 2007

ii K. Fleming, P. Johnston, D. Zwartz, Y. Yokoyama, K. Lambeck and J. Chappell,Refining the eustatic sea-level curve since the Last Glacial Maximum using far- and intermediate-field sites.Earth and Planetary Science Letters, Volume 163, Number 1, November 1998

iii Ulf Richter, Plato´s Atlantis was in a River Delta, Schwabenheim, Germany

vi Papamarinopoulos, S. (2007). Epilogue. Heliotopos Publications. Proceedings of the International Conference on "The Atlantis Hypothesis: Searching for a Lost Land", 11-13 July 2005, Milos island, Greece, p. 585. Figure 11.

vii Ward, S. N. & Day, S. (2001). Cumbre Vieja Volcano -- Potential collapse and tsunami at La Palma, Canary Islands. American Geophysical Union.

viii Krastel, S. (2010), Hangrutschung vor Westafrika, Leibniz-Instituts für Meereswissenschaften (IFMGEOMAR), Article en ligne

ix Peter Kaplony, Die Inschriften der ägyptischen Frühzeit, Harrassowitz, Wiesbaden,1964

x List of World Heritage in Danger des Nations Unies UNESCO World Heritage Convention

xi Almogaren IX-X/1978-79, Institutum Canarium, GISAF Hallein/Austria, pp. 440